Retrouvez cet article dans : Linux Pratique Hors série8
L'horreur des licences propriétaires
Il existe une quantité phénoménale de licences logiciel de par le monde. Chaque éditeur de logiciel dispose généralement de la sienne, qu'il décline d'ailleurs souvent en plusieurs versions... Pourtant, on retrouve rapidement des constantes dans cette masse de contrats synonymes de perte de liberté.Par exemple, les licences n'accordent à chaque fois qu'un vague droit d'utilisation des logiciels cités, sur un nombre limité de machines, dans un espace limité dans le temps et pour un nombre limité de personnes ; le plus souvent une seule. Ainsi, les éditeurs de logiciels propriétaires s'assurent que leurs utilisateurs payeront abondamment et régulièrement pour l'utilisation de leurs logiciels, tout en imaginant se prémunir contre la concurrence...
Les éditeurs intègrent d'ailleurs parfois des clauses plus singulières, comme le droit de publication par leurs soins des informations que vous traitez avec les logiciels pour lesquels vous achetez une licence (notamment en matière de messagerie instantanée), ou l'interdiction d'installer les logiciels concernés dans un pays sous blocus américain... Et on retrouve tout ceci d'un bloc et agrémenté de quantité d'autres aberrations dans le fameux MS-CLUF, le Contrat de Licence d'Utilisateur Final du leader des ventes de logiciels.
La force d'une licence libre
Alors, après 7avoir vu les abus de ce système de licence, pourquoi donc vouloir entrer dans ce jeu ? Pour principalement deux raisons : la première fut de ne pas faire du monde des Logiciels libres une zone de non-droit pillable à souhait ; la seconde fut de retourner le mécanisme à l'avantage des développeurs libres.
Ainsi, en 1989, lorsque le besoin de disposer d'une licence garantissant les libertés voulues pour les logiciels développés par la FSF se fit sentir, Richard M. Stallman, initiateur de projet GNU, plancha avec toute une équipe de juristes et de co-développeurs sur la réalisation d'une licence permettant de protéger les premiers logiciels annoncés comme " libres ". Cette licence devait finalement garantir 4 libertés fondamentales aux logiciels qui lui seraient confiés :
- la liberté d'exécuter le logiciel, pour tous les usages ;
- la liberté d'étudier le programme et de l'adapter à ses besoins, ce qui implique l'accès au code source du logiciel ;
- la liberté de redistribuer autant de copies que souhaité du logiciel ;
- la liberté de rendre publiques ses améliorations et ainsi d’en faire profiter l'ensemble de la communauté.
La licence publique générale (ou GPL) était née. Cette licence eut un franc succès dans la communauté naissante du Logiciel libre, et gagna ses lettres de noblesse en permettant la victoire de développeurs libres dans plusieurs procès les opposant à des entreprises peu scrupuleuses. (Plus d'info sur http://www.gpl-violations.org/) Et c'est pourquoi la GPL protège aujourd'hui 60 à 70% des Logiciels libres.
La variété des licences libres
Toutefois, et comme il y a toujours autant de points de vue sur une question que de personnes pour y réfléchir, d'autres licences se réclamant libres ou seulement " open source " (à sources ouvertes) virent le jour. Or, malgré leurs appellations, elles ne garantissaient pas toutes les quatre libertés citées ci-dessus... C'est pourquoi, l'OSI (Open Source Initiative) décida de faire un classement des licences et de publier la liste des licences qu'elle reconnaissait être libres, au sens GPL du terme (voir page 34).
Cette liste compte aujourd'hui près de soixante licences ! Et on retrouve parmi les plus connues : la GNU/GPL (et ses dérivés : LGPL, GFDL...), mais également la CeCILL (conçue par le CEA, le CNRS et l'INRIA pour s'intégrer au droit français avant que la GPL ne soit traduite), la licence Creative Common Share Alike (sorte de gadget graphique ayant le mérite d'être compréhensible par le plus grand nombre), la licence Apache (initiée par la fondation du même nom), la licence publique Mozilla, la licence PHP, la licence Python, les licences BSD, la licence Nokia, Sun, RealNetworks...
Toutes ces licences étant compatibles avec la définition du libre reconnue par l'OSI, leurs raisons d'être est d'intégrer des spécificités souhaitées par leur principal développeur, jugées utiles dans le domaine particulier où il opère, et également d'introduire des degrés plus ou moins prononcés de " copyleft attitude ", c'est-à -dire de contamination par le libre des logiciels dérivés ou utilisant des fragments de code protégé par licence libre. Ces degrés vont d'une contamination totale dans le cas de la licence GPL (c'est-à -dire que pour pouvoir utiliser une ligne de code protégé par la GPL, votre future production se devra d'être, elle aussi, entièrement protégée par la GPL), à une contamination nulle dans le cas des licences de type BSD, qui permettent à n'importe quelle entreprise d'intégrer un logiciel comme OpenSSH dans leurs productions propriétaires. Les deux approches se défendent à la fois d'un point de vue philosophique et économique...
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