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    Quelles sont les bases d’après vous d’un lobbying efficace ?

    Bruno Gosselin - Très concrètement, pour être efficace auprès des institutions européennes, il convient de distinguer quatre phases :
    Dans un premier temps, la Commission décide si une initiative législative convient d’être entreprise. Si c’est le cas, elle l’inscrit sur son agenda. Les entreprises et les groupes d'intérêt ont ainsi l'opportunité d'en prendre connaissance et d’agir en amont du processus décisionnaire. D’une manière générale, Bruxelles est disposé à entendre l’ensemble des groupements ayant un intérêt ou un point de vue à défendre ou exposer.Dans un deuxième temps, des groupes de travail, des commissions ad hoc ou permanentes sont chargées d’élaborer les avant-projets. Il est donc important pour les entreprises et les groupes d’intérêt de suivre ces commissions et d'y prendre des contacts directs et réguliers avec leurs membres. Il faut également mentionner le rôle important que jouent les administrations nationales en secondant leurs représentants à l’occasion de ces travaux préliminaires.
    Dans un troisième temps, à la fin du travail des groupes et des comités, la Commission adopte une position commune sur la problématique donnée. S'il existe une différence de points de vue entre les commissaires, une décision est prise par vote à la majorité. Dans cette phase, les efforts en matière de lobbying doivent se concentrer sur les chefs de cabinet et les commissaires chargés de préparer les réunions hebdomadaires de la Commission.
    Enfin, dans un quatrième temps et conformément aux règles stipulées dans les Traités, la proposition est discutée devant le Parlement. Le Conseil Economique et Social et le Comité des Régions sont également consultés. Le Parlement adresse alors la proposition aux commissions parlementaires qui revêtent une grande importance pour les lobbyistes, puisqu'elles ont le pouvoir d’amender le texte juridique en préparation (la probabilité pour que le Conseil des Ministres adopte ces amendements est importante). A ce stade, il est donc nécessaire de maintenir des contacts réguliers avec les parlementaires et notamment celui désigné comme rapporteur.

    Quel est l'avenir pour vous du cyber-lobbying ?

    Bruno Gosselin - Le lobbying viral. Les publicités drôles, bien faites, envoyées entre amis sont monnaie courante sur la Toile. Les marques se sont emparées de ce sujet car cela représente de la publicité gratuite. La transmission se fait par le bouche à oreille sans intervention supplémentaire de l’entreprise. Ce type de lobbying permet également de diffuser un message politique. Pour moi, ce qui s’appelle lobbying viral est forcément signé.
    Mais une autre partie du e-lobbying se développe de manière extraordinaire. Il s’agit des pétitions sur internet. Il en existe quatre types : en push, off-line, avec liens hypertextes sur les parlementaires et sur un site web avec possibilité d’inscription en ligne.
    La pétition push la plus connue est celle des femmes afghanes. Elle est très simple et se fabrique en quelques minutes. Elle fait penser aux lettres reçues quand on était enfant qu’il fallait renvoyer très rapidement. Elle donne à penser que l’on n’est pas tout seul à soutenir cette cause. Les réseaux formés par ces chaînes permettent surtout de revendre des adresses e-mail à des entreprises.
    La pétition off-line se sert du on-line pour faire du off-line, pour médiatiser une idée car elle permet une audience énorme. C’est une forme de pétition qui a beaucoup de succès à Bruxelles.
    Les pétitions avec envoi direct aux parlementaires permettent de passer les éventuels filtrages. Si quelqu’un envoie des e-mails toujours à la même personne, celle-ci va le black-lister. Il faut donc trouver une parade. Le nouveau système permet d’envoyer la même pétition avec des e-mails différents et ainsi passer la barrière de la black list.

     

    Pourriez-vous préciser la technique utilisée pour lancer de fausses rumeurs ?

    Bruno Gosselin - On se sert d’informations qui sont en partie vraies et on laisse la cible reconstituer elle-même des infos et déduire la conclusion par elle-même. On ne peut plus rien faire. L’amalgame est fait et faire des papiers de bonne intention et des démentis alimente la rumeur plus qu’autre chose. Parfois, la meilleure des solutions est de ne plus en parler.
    Difficile de distinguer dans les hoax malveillants de l’humoristique. Il existe des cas où on est à la limite de l’absurde, mais on ne peut rien prouver.
    Et la désinformation peut avoir un impact extraordinaire. Quand Le Pen était au deuxième tour de l’élection présidentielle, j’ai reçu un matin un mail me prévenant que son score atteignait 45%. Le soir même, il a pris la parole et a affirmé que des sources informelles lui indiquaient qu’il était à 45% d’intentions de voix. Selon moi, il l’a cru et il est étonnant que même la personne directement concernée l’ait cru. On peut aller très loin avec uniquement un e-mail, envoyé d’on ne sait où.
    Je pense qu’il faut bien définir les différentes dérives de l’information. La désinformation est la mise en scène par des relais soit-disant neutres pour affaiblir le camp inverse. Ce n’est pas de la contre-information, ni la rumeur car celle-ci n’est pas forcément malveillante et n’est pas toujours fausse.
    La propagande est l’addition de contre-informations. A force de donner ces contre-informations, qui sont vraies mais qui ne sont qu’une partie de la réalité dans mon intérêt, on fait croire à toute une population qu’elle vit au meilleur endroit du monde. Le plus subtil est de faire imaginer la personne qui a reçu mais n’a pas lu le message, de lui faire deviner un fait. Les gens s’approprient ainsi l’information et la transmettent comme si elle était personnelle.
    Ce qui fait peur également dans ce système, c’est le manque de barrières, de garde-fous applicables. La source est difficilement identifiable. Cela rend le phénomène assez terrifiant et bloque les avances dans ce domaine.

    J’ai vécu dans le cadre de mon travail une situation tout à fait irritante. Je recevais des centaines de pétitions par e-mail chaque jour. Nous étions plusieurs dans ce cas là et ce fut complètement contre productif. Nous ressentions cela comme du harcèlement.
    Effectivement, le problème est que l’identification de l’expéditeur est quasi impossible. Les e-mails sont-ils envoyés par la même personne 200 fois ou par 200 personnes différentes ? La soudaineté de cette attaque la fait, de plus, ressembler à une pression et elle est donc mise de côté, ignorée. Ces interventions se font de manière hyper ciblée mais l’argumentation est pauvre.
    Les chats et forums sont aussi des hauts lieux de la désinformation.

     

    Connaît-on l’impact de ces actions sur les acteurs publics, en terme d’achats ou de politiques publiques ou cela reste-t-il anecdotique en termes de changements ?

    Bruno Gosselin – A mon sens, cela reste anecdotique mais ce moyen concourt à faire connaître un mouvement ou une cause. Par rapport aux autres sources d’information, Internet est extrêmement puissant. Il existe des sites déstabilisants qui sont donc efficaces car on ne se rend pas compte de leur impact. Mais, il me semble mieux pour les pouvoirs publics de construire ensemble par le dialogue. Le lobbying viral risque de se développer énormément dans les prochaines années mais rien ne remplacera les rencontres directes et l’expertise dans le domaine du lobbying.
    L’impact est moins important également parce que ce n’est pas dans la culture française, contrairement à la société américaine, plus consumériste et qui suit davantage les avis de boycott.
    Mais attention car Bruxelles a un effet de boomerang. Là-bas, même les plus petits groupes d’intérêts sont écoutés. Bruxelles a des répercussions directes sur notre administration. L’évolution en France est évidente. Les parlementaires sont beaucoup plus à l’écoute qu’avant.

     

    Pourriez-vous préciser la place des entreprises françaises à Bruxelles ?

    Bruno Gosselin - Les entreprises françaises ont pris dans une large mesure conscience de l’importance de l’Europe. En effet,
    80 % des normes ont aujourd’hui une origine communautaire et l’Europe est devenue pour l’immense majorité d’entre elles une réalité quotidienne. Malheureusement, au delà de ce constat encourageant, la pratique du lobbying reste encore confidentielle.
    Automobile, alcool, environnement, textile, alimentation, santé, banque,… aucun secteur ne peut se passer d’un lobbying efficace. Au croisement des métiers de la veille, de la communication ou des affaires juridiques et au cœur des réseaux d’influence et de pouvoir, le lobbying devient une fonction stratégique de l’entreprise.
    Si les Français sont plus présents à Bruxelles, cela reste encore insuffisant. D’une manière générale, le lobbying reste un tabou, il est encore trop souvent assimilé à du trafic d’influence ou à des pratiques occultes alors qu’il s’agit d’une pratique démocratique, " d’un outil du dialogue par lequel l’homme de l’art informe l’homme de loi des conséquences de ses décisions ".

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    Posté par (La rédaction) | Article paru dans

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