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    Alors que je vais fêter mes 10 ans d'utilisation de Linux cette année, laissez-moi vous conter mes aventures avec mon ibook G4 de chez Apple.Cet article a beau prendre une machine de la firme à la pomme, la seule partie technique qui lui soit spécifique concerne un petit problème de configuration du clavier. Aussi, vous pourrez vous rendre compte en lisant que sur Linux, un Apple et un PC, ce n'est pas vraiment différent.
    Par ailleurs, la seule publicité que je me permettrais concernant cet ordinateur est qu'au moment où je l'ai acheté, il était de loin l'ordinateur de moins de 3 kg avec le meilleur rapport 1/(qualité x prix) avec en bonus une autonomie de 6 heures au début et maintenant de 4 heures après deux ans d'utilisation intensive. Mais démarrons par le commencement.

    L'achat

    Il n'y a pas grand-chose à dire sur l'achat de cet ordinateur en 2003, si ce n'est que je nourrissais de grands espoirs quant à la compatibilité Linux de l'appareil. Il était livré avec MacOS X que j'ai un peu bricolé pour connaître la bête, avant de le réinstaller suite au partitionnement du disque, étape nécessaire pour l'installation de Linux. Et aujourd'hui, il se révèle 100% compatible (notez que je ne dispose pas de matériel WiFi, ce qui est peut-être un point d'incompatibilité encore aujourd'hui).

    1 Les projets Fink et DarwinPorts ont été créés avec pour but d'adapter les logiciels open source à
    Mac OS X. Les logiciels d'origine sont ainsi recompilés à partir de sources adaptés pour Mac OS X (et autres OS de la famille Darwin).

    Debian vs Gentoo : Ubuntu !

    En 2003, quelle distribution peut installer un utilisateur convaincu de Mandrake (aujourd'hui devenue Mandriva) sur un PPC alors qu'il se rend compte que la distribution ne supporte plus cette architecture ? Il reste l'historique Yellowdog et la récente Fedora Core pour continuer avec les paquets au format RPM. C'était l'occasion rêvée pour se lancer dans une nouvelle aventure. Debian ou Gentoo ? Mon choix s'est porté sur cette dernière par simple curiosité pour cette distribution où l'on recompile tout.
    Le choix Gentoo n'a pas été des plus heureux. En effet, si la distribution est à mon goût plutôt pas mal, elle souffre de plusieurs problèmes sur mon portable. Le plus crucial, l'hibernation, ne fonctionne pas. Il est vaguement remplacé par un changement de luminosité afin de rendre l'écran noir. Par ailleurs, j'ai eu de trop nombreuses mauvaises expériences avec le compilateur, entre l'installation d'un compilateur défectueux (nécessitant une réinstallation de la distribution, vous comprenez pourquoi) et de trop nombreux plantages non reproductibles du compilateur. Un dernier petit défaut était la non-disponibilité de certaines de mes applications favorites parmi les paquets Gentoo destinés à l'architecture PPC.
    Dans ces conditions, et vu le succès de la distribution Ubuntu, un test s'est imposé. Que dire d'une distribution qui corrige les trois défauts précédents sans en ajouter ? Si une distribution ne vous convient pas, essayez les autres !

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    Linux vs MacOS X

    Ayant disposé d'une distribution Linux ne satisfaisant pas à mes besoins pendant plus d'un an, j'ai dû donc profiter des excellentes fonctionnalités de MacOS X. Je me dois donc de vous présenter un comparatif entre les deux systèmes et ce qu'il y a de meilleur chez chacun d'eux.
    Le système MacOS X, comme chacun sait, est à base d'Unix. Il s'agit donc, pour un linuxien, de trouver l'interface de ligne de commande au plus vite, ce qui est fait avec l'application Terminal, vite remplacée par Iterm (http://iterm.sourceforge.net) et ses onglets. Il manque aussi, dès le début, la gestion des bureaux virtuels, mais Desktop Manager (http://wsmanager.sourceforge.net) remédie au problème. Mieux, il propose même d'utiliser les excellents effets graphiques intégrés au système, dont mon préféré, l'effet cube (Fig. 2).

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    Il s'agit ensuite de disposer d'applications dignes de ce nom. De nombreux logiciels libres sont accessibles via fink, darwinports 1 et gentoo. Aussi, nous n'avons pas trop à nous plaindre. De plus, des logiciels phares comme Firefox, OpenOffice.org, The Gimp ou même Vim peuvent être installés directement façon Mac, ce qui permet de bénéficier d'une meilleure intégration dans le système que via Fink, par exemple avec une meilleure adaptation à la singularité légendaire du système à la pomme : la souris à un bouton.
    Pourquoi revenir à Linux alors, me direz-vous ? Parce que j'aime mon manchot est la véritable raison, mais elle manque d'objectivité. Alors voici d'autres raisons à peu près aussi valables. D'abord, si les Logiciels libres sont plutôt accessibles sur un MacOS X, ils ne sont pas forcément tous à la dernière version stable. D'un point de vue graphique, c'est la jungle entre certaines applications utilisant le système d'affichage natif Aqua, d'autres se servant de la machine virtuelle java, et surtout le bestiaire des applications X avec leurs toolkits divers et variés, citons les plus connus gtk+, qt et motif. Le copier/coller n'est jamais garanti entre deux applications. Si cette faune existe aussi sur Linux, l'utilisateur de base fait souvent un choix entre Gnome et Kde, ce qui rend l'affichage plus homogène sur Linux que sur MacOS X et garantit une meilleure intégration des composants.
    Linux, dans ses distributions modernes et récentes, dispose de plus d'un gestionnaire de paquets. Vous connaissez sûrement urpmi/rpmdrake, apt-get/synaptic ou emerge. Sur MacOS X, il y a trois systèmes de mises à jour au moins. L'un est similaire à ceux de Linux, mais se limite au système. Vous mettrez donc à jour l'OS, Itunes, Quicktime, etc. Mais pour les applications gérées par exemple par fink, à vous de lancer la séquence fink update... Et si vous avez installé d'autres logiciels par vous-même, typiquement Firefox ou Abiword, ce sera à vous de vous tenir au courant des mises à jour par vos propres moyens. Vous ne serez pas surpris d'apprendre qu'un système qui n'est pas maintenu à jour régulièrement est aujourd'hui un système vulnérable. Nous pouvons considérer qu'une telle utilisation de MacOS X (les utilisateurs de Windows peuvent également se reconnaître) est mauvaise pour la sécurité de vos données. Au contraire, avec Linux, la mise à jour du système nécessite peu d'actions et n'est donc pas rébarbative. Par ailleurs, avec Ubuntu, n'oubliez pas de valider les dépôts Universe et Multiverse 2. Vous aurez accès à de nombreux logiciels supplémentaires packagés pour Ubuntu, mais simplement pas supportés officiellement, ce qui ne nuit pas à leur bon fonctionnement. Vous pourrez aussi prendre le risque d'enlever le commentaire des dépôts backports dans le fichier /etc/apt/sources.list et profiter de versions plus récentes des logiciels, mais peu testées sur votre distribution.
    Que retenir des deux systèmes ? Avec la version 10.4 dite "Tiger" de MacOS X arrive un outil génial appelé "Spotlight" qui permet de rechercher pas mal de choses, et qui peut également servir de lanceur d'applications. Linux propose depuis peu aussi de tels outils : kat et beagle 3. Chose inhérente à MacOS X et présente sur Ubuntu (je ne l'ai pas encore trouvée sur les autres distributions) est la possibilité de changer d'utilisateur au niveau de l'interface utilisateur. En d'autres termes, si sudo existe depuis des années sur Unix, son équivalent graphique existe aussi et s'appelle "Nouvelle Connexion" sur Ubuntu, dans le menu système. Ce qui manque encore à Linux est le bel effet graphique au changement d'utilisateur, comme d'ailleurs de bureau virtuel. Le mode veille est parfaitement géré sur les deux systèmes, idem pour la vitesse variable du processeur. Et enfin, Ubuntu s'est probablement inspiré de MacOS X : la connaissance du mot de passe root n'est plus nécessaire pour administrer la machine. En effet, tout passe par sudo sur la commande en ligne et l'on vous demande votre propre mot de passe pour les commandes graphiques.
    Le seul regret, en passant de MacOS X à Ubuntu est donc ce fameux effet graphique de changement de bureau virtuel. Tout le reste y est.

    2 Les sections multiverse et universe des dépôts Ubuntu, concernent respectivement des logiciels propriétaires et des logiciels maintenus par la communauté (le tout, non supporté officiellement par Ubuntu).
    3 Kat (http://www.kde-apps.org/) et Beagle (http://www.beagle-project.org/) sont tous deux des outils d'indexation et de recherche de données.

    Installation de Linux

    Que ce soit Debian, Gentoo, Ubuntu ou une autre, l'installation passe par des étapes communes, à commencer par le boot sur le CD d'installation. Sur un Mac, insérez le CD dans le lecteur, puis, au prochain allumage, pressez immédiatement et maintenez appuyée la touche [C] jusqu'à ce que le boot sur le CD soit effectif. Vous pouvez ensuite suivre les instructions d'installation propres à chaque distribution.
    Parmi ces instructions, vous retrouvez une étape commune : le partitionnement du disque. Alors que sur un PC vous ne disposez que de quatre partitions, vous travaillez là sur un maximum de 31. L'une d'elle doit de plus être du type Apple_bootstrap pour y installer le programme de boot yaboot (équivalent de lilo ou grub). Cela ne prend pas de place sur le disque, généralement le minimum, soit 800k. Si vous avez un Mac, vous souhaiterez probablement conserver MacOS X pour l'une ou l'autre application propriétaire dont vous n'arriveriez pas à vous débarrasser. Alors, vous allez lui dédier une partition de type HFS+. Vous devrez aussi allouer une autre partition à nouveau de type Apple_bootstrap. La raison est que vous avez besoin d'une partition Apple_bootstrap pour booter, et MacOS X en tripote une sans vous demander votre avis. Mieux vaut ne pas laisser celle contenant yaboot à MacOS X. Avec un double système, nous consommons donc cinq partitions (ne pas oublier celle de swap pour Linux). Il vous en reste 26 sur un disque IDE (10 pour du SCSI car le maximum est alors de 15 partitions).
    Voici ce que cela donne, sur un Mac avec un disque de 80 Go initialement partitionné pour l'utilisation de MacOS X et gardant des restes d'un ancien partitionnement (deux partitions swap). Outre les partitions système, une contient /home (ext3) et l'autre des données diverses (HFS+) :

    $ fdisk -l /dev/hda
    /dev/hda
            #	type	name	length	base	( size )	system
    /dev/hda1	Apple_partition_map	Apple	63 @ 	1	( 31.5k)	Partition map
    /dev/hda2	Apple_Bootstrap	bootstrap	1600 @ 	64	(800.0k)	NewWorld bootblock
    /dev/hda3	Apple_Bootstrap	untitled	1954 @	1664	(977.0k)	NewWorld bootblock
    /dev/hda4	Apple_UNIX_SVR2	Systeme Linux	9765625 @	3618	(  4.7G)	Linux native
    /dev/hda5	Apple_HFS	Apple_HFS_Untitled_4	47353680 @	4951904	( 22.6G)	HFS
    /dev/hda6	Apple_UNIX_SVR2	swap	262144 @	72305584	(128.0M)	Linux swap
    /dev/hda7	Apple_HFS	Apple_HFS_Untitled_5	83800272 @	72567728	( 40.0G)	HFS
    /dev/hda8	Apple_UNIX_SVR2	swap1	090864 @	23861040	(532.6M)	Linux swap
    /dev/hda9	Apple_UNIX_SVR2	Home	14091797 @	9769243	(  6.7G)	Linux native
    /dev/hda10	Apple_Free 	Extra	16 @	156368000	(  8.0k)	Free space
    
    Block size=512, Number of Blocks=156368016
    DeviceType=0x0, DeviceId=0x0

    Si vous savez partitionner un disque pour y installer Linux, sachez que sur un Mac, il ne sert à rien de dédier une partition pour /boot, encore moins une partition Apple_Bootstrap. Sinon, le plus simple est de dédier environs 5Go pour le système et autant que nécessaire pour /home.
    Quel système de fichiers choisir ? À cause du support ext2 (et donc ext3) de yaboot, vous préférerez celui-ci pour la partition système, qui contient le noyau. Vous devrez probablement avoir HFS+ pour la partition système de MacOS X. Si vous voulez ensuite disposer d'une partition permettant les échanges de fichiers entre les deux systèmes, le choix se réduit à ext2/ext3, HFS+ et FAT32. Le support d'ext2 est assuré avec la version 10.3 de MacOS X dite "Panther". Voyez si c'est aussi le cas pour Tiger. Est-ce que cela marchera encore avec la prochaine version ? Ces questions nous font éliminer ce choix. Restent HFS+ et FAT32. Le premier a l'avantage d'être supporté nativement par MacOS X et d'avoir une gestion des permissions sur les fichiers, ce qui n'est pas le cas du second. Par contre, autrefois (début 2005), un bug de ce système de fichiers se manifestait si Linux était interrompu brutalement. Il était marqué comme non démonté au boot, ce qui est normal, mais il était impossible de corriger cela proprement. Sur internet, la résolution du problème est décrite et propose de lancer hpmount pour avoir accès à la partition, mais en lecture seule ou de rebooter sur MacOS X qui sait faire le nécessaire. Aujourd'hui, début 2006, ce problème n'a pu être reproduit. Existe-t-il toujours ? Et le support HFS+ est-il fiable par ailleurs ? Au contraire, FAT32 est bien supporté à la fois par MacOS X et par Linux. Son principal défaut est de ne pas proposer la gestion des droits sur les fichiers. A vous de choisir.

    Chez moi ça marche...

    Pas besoin de dire que le disque est bien reconnu, cela tombe sous le sens. Le lecteur CD aussi. Pour l'éjecter, utilisez la combinaison de touches [FN]-[F12] (sur MacOS X, cela correspond à une pression longue de la touche F12). Ce qui tombe moins sous le sens est que la carte vidéo est bien reconnue et fonctionne à merveille. Idem pour le son. Pensez à monter le volume (Master, PCM et aussi DRC Range sur l'ibook).
    Ce qui est moins évident est la gestion des périphériques USB. Et bonne surprise, cela fonctionne aussi. Branchez une clé USB et elle sera immédiatement détectée. Moins visible, la vitesse du processeur est variable. Cela est géré de façon transparente par le noyau. Pour visualiser cela, vous pouvez par exemple placer l'applet Moniteur de changement de fréquence du CPU sur une barre du bureau GNOME. Quant à la mise en veille, répétons-le, elle marche très bien.

    /img-articles/lp/34/art-16/fig-5.jpg

    Configuration du clavier sur un ibook

    Deux points nécessitent une configuration spécifique nécessitant de mettre les mains dans le cambouis, à savoir la configuration de la souris et du clavier. Pour la souris, le noyau est capable de simuler les touches manquantes de la souris à l'aide de touches du clavier, généralement [F11] et [F12]. Vous n'avez rien à faire sur une distribution Ubuntu : cela fonctionne déjà. Sur Gentoo, vous pouvez le faire en ajoutant, dans le fichier /etc/sysctl.conf les trois lignes suivantes :

    dev/mac_hid/mouse_button_emulation = 1
    dev/mac_hid/mouse_button2_keycode = 87
    dev/mac_hid/mouse_button3_keycode = 88

    Si aucun appel n'est fait à sysctl, appelez-le par exemple ainsi depuis un script de démarrage : /sbin/sysctl -q -p.
    Vient ensuite le gros morceau, à savoir la configuration du clavier. Vous pouvez disposer déjà d'une configuration similaire à celle d'un PC ou même à celle d'un mac mais où il manque des touches telles que celles-ci : |{[]}~€. Le plus simple est de télécharger la configuration disponible sur le site de Linux-France http://www.linux-france.org/macintosh/clavier_v4.html. Les instructions d'installation vous indiquent qu'il faut copier le fichier fr_new dans le répertoire /etc/X11/xkb/symbols/macintosh_vndr/ si vous avez installé Ubuntu. La configuration de votre fichier /etc/X11/xorg.conf doit maintenant refléter ceci pour le clavier :

    Section "InputDevice"
            Identifier      "Generic Keyboard"
            Driver          "kbd"
            Option          "CoreKeyboard"
            Option          "XkbRules"      "xorg"
            Option          "XkbModel"      "macintosh"
            Option          "XkbLayout"     "fr_new"
            Option          "XkbOptions"    "lv3:lwin_switch"
    EndSection

    Les instructions que vous trouvez sur ce site ou sur divers autres sites que vous pouvez trouver avec votre moteur de recherche favori s'arrêtent généralement là. Pourtant, essayez de passer d'une application à l'autre avec la combinaison de touches [ALT]+[Tab]. Si cela fonctionne, tant mieux. Sinon, vous pouvez éditer ce fameux fichier fr_new afin de redéfinir les touches spéciales. Cela donne :

    // Begin modifier mappings
    key <LWIN> { [ Meta_L ] };

    au lieu de :

    // Begin modifier mappings
    key <LWIN> { [ Alt_L, Meta_L ] };

    En simplifiant, vous affectez Meta à la touche [Pomme] (touche <LWIN>) au lieu de [ALT]. Le L que vous lisez partout signifie Left (touche de gauche).

    Conclusion

    J'espère que, via mes aventures au pays de la pomme, j'aurai donné envie aux nombreux qui disposent d'un Mac et continuent à l'utiliser avec un système propriétaire même agrémenté d'un darwinports ou d'un fink. J'espère que j'aurai aussi intéressé ceux qui ne disposent pas d'un tel système et sont curieux de connaître les différences entre un PC et un Mac. Elles ne sont pas si énormes. Au fond, un PC et un Mac, vu de l'extérieur, c'est pareil. Certains ont plus de boutons sur la souris que d'autres, mais un de plus ou de moins, quelle importance ? La seule différence fondamentale, c'est le logo qui est sur la touche à côté de la touche [ALT] !

    RÉFÉRENCE
    GNU/Linux sur Macintosh : http://www.linux-france.org/macintosh/

    Posté par Yves Mettier (Yves Mettier) | Signature : Yves Mettier | Article paru dans

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