Retrouvez cet article dans : Linux Magazine Hors série 15
Le charme du noir et blanc est une chose, mais un peu de couleur en guise de touche personnelle est un luxe dont il serait dommage de se priver. L'interaction de la couleur sur une base photographique noir et blanc est un domaine vaste et intéressant. Cet article présente quelques manipulations, mais ce n'est qu'un point de départ pour vos propres travaux.
Avez-vous déjà vu ces posters ou ces publicités presque entièrement en noir et blanc, si ce n'est un ou deux détails ? Tout comme avec la simulation de la profondeur de champ (voir article en rapport), ce genre de manipulation est destiné à attirer votre regard sur un élément donné de l'image. En mélangeant noir et blanc et couleur, le créateur de la photo laisse en couleur (ou colorise) les zones qu'il souhaite mettre en avant, et laisse gris le reste de l'image. Commençons donc par faire de même. Vous vous en doutez, toutes les photographies ne se prêtent pas à ce genre de manipulation. Choisissez une image sobre, contrastée et surtout, dont certains éléments peuvent être mis en valeur. Si votre image possède un environnement trop riche ou trop contrasté, vous pouvez, en guise de travail préparatoire, simuler une profondeur de champ. Cela permettra de rendre les parties moins importantes de l'image moins visibles.
Notre image en guise d'exemple sera celle en figure 1. Vous vous en doutez, la partie colorée que nous allons conserver de cette image est le bec du cygne. Le rouge vif presque au centre de l'image attire déjà le regard, mais nous souhaitons "griser" davantage le plumage de la bête et l'arrière-plan.
Fig. 1
Nous souhaitons conserver une copie de l'image originale. Nous dupliquons donc le calque principal et travaillons sur l'exemplaire inférieur. Notre première manipulation consistera à passer ce calque en niveau de gris. Comme expliqué dans l'article sur la conversion en noir et blanc, plusieurs techniques existent. Par souci de simplicité, nous pouvons désaturer simplement le calque avec Image->Couleur->Désaturer. Cependant, comme le bec du cygne est très rouge et que l'opération vise à obtenir un masque de calque, il est préférable de décomposer l'image en trois fenêtres R, V et B. L'image correspondant au Rouge deviendra notre calque gris. Libre à vous de choisir l'une ou l'autre technique en fonction de votre photo. Bien sûr, une fois la conversion faite, arrangez-vous pour revenir à un stade identique à celui où nous sommes (deux calques et celui du dessous en gris).
Fig. 2
Il ne nous reste plus, ensuite, qu'à jouer sur le contraste et la luminosité de l'image pour obtenir une forme plus ou moins nette du bec (figure 3). Ceci fait, utilisez l'outil de sélection Baguette magique pour créer une sélection correspondant à la forme devant être conservée en couleur. Après avoir judicieusement utilisé l'outil de sélection, enregistrer la sélection dans un canal afin d'en garder un exemplaire, et surtout pour pouvoir éventuellement y appliquer un flou. Ce flou vous permettra d'adoucir la sélection si l'élément en couleur n'est pas clairement défini dans l'image.

Fig. 3
Notre calque fortement contrasté ne sert plus à rien. Si vous ne disposez pas de beaucoup de mémoire, vous pouvez le supprimer. Dans le cas contraire, contentez-vous de le rendre invisible. Activez le calque avec l'image en couleur et ajoutez un masque de calque avec transparence totale (masque noir). Récupérez la sélection dans le canal, activez le masque et remplissez la sélection de blanc. Le résultat est donné en figure 4. Seul le bec du cygne est encore visible. Il ne nous reste plus qu'à dupliquer ce calque. Laissez le calque en couleur avec le masque le plus en haut. Sur le calque immédiatement inférieur, qui sera la version grise de l'image, supprimez le masque de calque. Je vous le concède volontiers, nous aurions tout aussi bien pu dupliquer le calque en couleur et ajouter le masque dans celui supérieur. Mais cela revient au même.
Fig. 4
Vous pouvez à présent désaturer le calque inférieur (celui sans masque). Je parle ici de désaturation, mais les autres techniques de passage en niveau de gris sont utilisables. Notez toutefois que la conversion précédente avait un but différent. En effet, nous avions souhaité à ce moment faciliter la sélection du bec. Ici, il s'agit d'obtenir une version grise de l'image dans un but esthétique. C'est totalement différent, et il est fort peu probable que vous puissiez utiliser les mêmes techniques deux fois de suite avec un objectif si différent.
Nous obtenons ainsi une image grise avec seul le bec resté en couleur (figure 5). Mais le travail ne s'arrête pas là . En effet, il est courant à ce stade de choisir de ne pas laisser la partie non colorée telle quelle. Nous avons ajouté un élément rouge à l'image et nous devons contre-balancer cet effet par un autre.
Fig. 5
Pour ramener un équilibre graphique dans l'image, la meilleure technique consiste à coloriser la partie grise à l'aide d'une couleur froide. Sur cette image, cette colorisation se prête très bien car l'élément important est rouge (une couleur chaude). Nous commençons donc par activer le calque gris et régler un contraste et une luminosité différente. Ensuite, nous pouvons utiliser le menu Image->Couleur->Balance des couleurs pour légèrement coloriser le fond de manière uniforme (figure 6). Ici, nous augmentons sensiblement vers le cyan et un peu plus vers le bleu dans les Ombres. Ce qui nous donne un résultat correct. Bien sûr, selon vos préférences et la photo de départ, une teinte verdâtre, violette ou encore ambrée pourra sans doute convenir.
Fig. 6
Un dernier point de détail, si nous "zoomons" sur l'image, nous nous apercevons que le masque de calque est un peu trop marqué (figure 7). Il est important de zoomer sur une image une fois les manipulations terminées. Ce n'est qu'ainsi que nous pouvons noter les imperfections. Celle-ci n'est pas directement visible mais soyez certain qu'elle pourra créer une gêne pour la personne qui regarde l'image sans que celle-ci ne sache vraiment d'où cela vient. Un petit flou appliqué sur le masque de calque, et le tour est joué (figure 8). Le résultat final est donné en figure 9.
Fig. 7
Fig. 8
Fig. 9
Avec l'exemple du cygne, nous avons eu la chance de pouvoir travailler avec un masque issu d'une sélection relativement facile à réaliser. Ce n'est pas toujours le cas. La figure 10 montre un cas où la meilleure manière de procéder reste d'ajouter un masque de calque noir et d'y travailler directement au pinceau. Il faut alors faire preuve de doigté et de patience, mais le résultat est souvent plus satisfaisant (figure 11), surtout une fois complété d'une colorisation (figure 12).

Fig. 10

Fig. 11
Fig. 12
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