Catégorie : Graphisme     Tags :      

    Retrouvez cet article dans : Linux Magazine Hors série 15

    Vous avez sans doute déjà vu ces vieilles photos jaunies qui nous viennent du début de l'histoire de la photo. La teinte entre l'orange et le jaune est caractéristique d'une manipulation de la photo avec des agents chimiques. De nos jours, les graphistes numériques aiment à retrouver ces teintes sur leur ordinateur : ils appellent cela un effet sépia.

    Avant de commencer, voici une petite histoire pour placer le décor. Ces photos jaunâtres, orangées ou ambres que l'on qualifie aujourd'hui comme possédant un effet sépia n'ont jamais été traitées dans un but artistique. Il est amusant de constater avec quelle ferveur ledit "effet sépia" est à la mode alors qu'il s'agissait à l'époque de stabiliser l'image sur le papier. N'allez surtout pas croire que le fait de faire un effet sépia sur une image numérique garantira sa durée de vie sur le disque dur :)
    Les photos de l'époque subissaient ce qu'on appelle en photographie un virage : "remplacer l'image argentique par une autre image colorée constituée par une solution chimique". Voilà qui n'est pas très clair. Il s'agit en réalité de remplacer le métal d'origine qui compose la photo par un autre de manière chimique. Sépia est un des virages qu'il était nécessaire de faire à l'époque pour garantir la longévité de la photographie.
    Aujourd'hui, les virages sont toujours au goût du jour mais pour des raisons artistiques. En fonction du fabricant du ou des produits chimiques et des produits disponibles, le photographe/chimiste pourra choisir différentes teintes allant aujourd'hui du bleu au rouge en passant par le jaune ou le marron. Bien sûr, même en possédant l'un des meilleurs logiciels de retouche d'image comme The Gimp, les procédés de virage (sépia ou autres) auront toujours ce petit quelque chose qui les rend uniques... Nous allons simplement faire de notre mieux, ce qui, avec The Gimp, est déjà très bien.

    Au boulot

    Comme pour les photos de l'époque, il n'est pas question de commencer le travail avec une image couleur. Ce type de photo au teint coloré est le résultat d'un traitement sur une photo qui, au départ, est en noir et blanc. Le choix de l'original est important. En effet, certaines photos sont trop riches et la conversion en gris les rend trop "fouillis" pour être utilisées.
    Reportez-vous à l'article sur la conversion en niveaux de gris pour trouver la technique qui se prête le mieux à la conversion de votre ou vos image(s). La photo utilisée pour ce premier exemple est une chapelle bretonne (figure 1) et la simple désaturation donne un résultat acceptable.

    /img-articles/lmhs/15/art-9/sepia1.jpg

    Autre détail important, veillez à éliminer de l'image des objets qui entreraient en contradiction avec l'effet recherché. Dans notre exemple, sur la droite de l'image, nous avons deux piquets et une corde (figure 2) qui manifestement ne seront plus d'époque une fois le travail fini sur l'image. Il serait dommage de passer un petit bout de temps à créer un bel effet pour se rendre compte, à la fin, qu'une voiture modèle année 2002, un feu tricolore ou un pylône électrique n'a rien à faire dans une photo sépia.

    /img-articles/lmhs/15/art-9/sepia2.jpg

    Voici donc notre image en niveaux de gris (figure 3), corrigée et prête à l'emploi. Nous allons tout d'abord ajouter un nouveau calque blanc en premier plan et remplir celui-ci uniformément d'une couleur marron (figure 4). Ne choisissez pas cette couleur trop foncée ou trop clair. Dans l'exemple ci-présent nous avons une répartition RGB de 150, 80 et 5. Si le remplissage vous donne du gris en lieu et place de la couleur choisie, c'est que vous êtes très certainement en mode "niveaux de gris" suite à la conversion. Repassez alors en RVB.

    /img-articles/lmhs/15/art-9/sepia3.jpg

    /img-articles/lmhs/15/art-9/sepia4.jpg

    Suite au remplissage du calque supérieur, vous ne voyez plus l'image originale. Passez alors ce calque en mode "Couleur" et vous obtiendrez une combinaison des deux calques (figure 5). Ce mode utilise la notion de légèreté d'une couleur. Ce mode de calque vous permet de coloriser "violemment" une image en utilisant une couleur flamboyante. Il est préférable d'utiliser ce mode de calque mais il y a d'autres possibilités.

    /img-articles/lmhs/15/art-9/sepia5.jpg

    La prochaine étape consistera à mitiger la richesse de l'image en termes de couleur. En effet, bien que nous obtenions un rendu correct en termes de présence de la couleur aussi bien dans le noir que dans les parties claires, le résultat est bien trop vif. C'est la conséquence directe de l'utilisation du mode "Couleur". Nous allons donc compenser cela en utilisant un masque de calque afin de ne pas laisser paraître partout l'effet en question.
    Activez le calque avec la photo, sélectionnez l'ensemble, puis copiez dans le presse-papiers. Dans la fenêtre des Calques, activez le calque de couleur unie, et en cliquant avec le bouton droit, sélectionnez l'ajout de masque. Peu importe s'il s'agit d'un masque blanc ou noir que vous ajoutez, nous allons écraser le contenu de toute manière. Assurez-vous que le masque de calque est activé et collez le contenu du presse-papiers (figure 6).

    /img-articles/lmhs/15/art-9/sepia6.jpg

    Le résultat s'est grandement adouci (figure 7). C’est parfaitement compréhensible : le calque en mode Couleur ajoute de la couleur au premier calque, là où la valeur des pixels du calque inférieur est importante. En ajoutant un masque de calque identique à l'image sur le calque inférieur, nous appliquons pleinement cet effet de calque là où l'image est blanche et pas du tout là où elle est noire. Les teintes noires ressortent mieux dans le résultat final car le calque en mode Couleur a peu d'effet sur lui. Les teintes blanches apparaissent également moins colorées en raison de la présence du masque qui réduit l'effet.
    Pour mitiger l'effet du calque en mode Couleur, nous aurions pu, tout simplement, jouer sur la transparence du calque en question (dans la fenêtre des Calques). L'opération est la même puisque le masque rend l'image transparente. Ce qui est différent en revanche c'est la répartition de cette transparence. Avec le masque de calques, elle n'est pas uniforme et nous conservons donc un effet de couleur principalement sur les teintes de gris intermédiaire et moins sur les extrêmes.
    On peut ensuite jouer sur différents paramètres pour affiner le rendu. Le réglage du contraste de la luminosité sur le masque permet de jouer sur toutes les teintes de gris, et donc sur la couleur de virage (figure 8). Une autre solution est d'utiliser le menu Image->Couleur->Courbes (figure 9) pour régler la répartition des teintes grises. On arrive ainsi à rendre le blanc noir tout en laissant le noir comme il est et en influant sur les teintes intermédiaires. Ce type de manipulation nous permet, par exemple, d'enlever la teinte là où l'image est plus claire sans toucher au reste de la photo.

    /img-articles/lmhs/15/art-9/sepia7.jpg

    /img-articles/lmhs/15/art-9/sepia8.jpg

    /img-articles/lmhs/15/art-9/sepia9.jpg

    Avalon ?

    Sous ce terme ne se cache absolument pas un procédé de virage ou de traitement photo chimique. Ici, il ne s'agit pas non plus d'une quelconque référence à la mythologie arthurienne, mais plus exactement du nom d'un film très particulier de Mamoru Oshii, également créateur du manga "Ghost in The Shell". Le scénario (grandiose) du film nous importe peu dans l'optique de cet article. Ce qui est important, en revanche, c'est l'utilisation durant la quasi-totalité du film d'un effet proche du virage sépia.
    Cette seconde partie d'article a pour but de pousser un peu plus loin nos expérimentations dans la gestion de la couleur pour arriver à un effet comparable à celui utilisé tout au long du film. Il s'agit d'un croisement entre un virage sépia (ou autre selon la couleur dominante) et divers effets de flou et de surimpression des teintes très sombres ou très claires (proche de ce qu'on appelle, en 3D, l'HDRI pour High Dynamic Range Imaging).
    Nous allons justement débuter pas la simulation HDRI qui consiste à donner aux parties très blanches de l'image plus d'importance. Ceci donnera un effet comme une sorte d'éblouissement. Commencez donc par dupliquer le calque de la photo, activez-le et ne laissez que celui-ci de visible. Utilisez ensuite Image->Couleur->Luminosité et contraste pour obtenir une image très contrastée (figure 10). Le but est d'obtenir une masse blanche nette et précise correspondant aux zones les plus claires de l'image.

    /img-articles/lmhs/15/art-9/sepia10.jpg

    Nous ajoutons ensuite un calque blanc que nous remplissons d'une couleur identique à celle utilisée pour le virage mais en version "pastel". Nous ajoutons un masque de calque et nous y copions le contenu du calque contrasté. Enfin, nous appliquons un flou gaussien important (50 pixels) sur le masque et plaçons le calque entre la photo et le calque du virage.
    Le ciel prend alors l'aspect recherché et, grâce au flou du masque, déborde même sur le reste de l'image (figure 11). Intéressons-nous ensuite aux éléments très sombres de l'image. Pas de surprise ici, nous procédons de même. Tout d'abord, la copie sur calque photo et le jeu sur les contrastes, mais cette fois pour obtenir le noir (figure 12). Nous utilisons ce calque comme masque d'un nouveau calque entièrement noir et y appliquons un flou moins important qu'avec le blanc.
    Nous plaçons ce calque en tout premier plan et le passons en mode Multiplier (Brûler). Notre image prend une toute autre dimension (figure 13). Ajoutons encore une petite touche en référence au film avec un petit texte (figure 14) en mode Couleur auquel nous ajoutons un effet de halo comme avec les tons clairs (figure 15). Et voilà, le tour est joué. Un petit coup d'œil à la fenêtre des Calques vous donne une idée des parties en présence (figure 16). Notez que j'ai conservé une copie des calques de contraste pour d'éventuelles modifications (erreur de flou, etc.).

    /img-articles/lmhs/15/art-9/sepia11.jpg

    /img-articles/lmhs/15/art-9/sepia12.jpg

    /img-articles/lmhs/15/art-9/sepia13.jpg

    /img-articles/lmhs/15/art-9/sepia14.jpg

    /img-articles/lmhs/15/art-9/sepia15.jpg

    Retrouvez cet article dans : Linux Magazine Hors série 15

    Posté par Denis Bodor (Lefinnois) | Signature : Denis Bodor | Article paru dans

    Laissez une réponse

    Vous devez avoir ouvert une session pour écrire un commentaire.

    • Il y a actuellement

    • 861 articles/billets en ligne.