Le format de compression de données audio mp3 est largement connu du public. Ogg Vorbis l'est beaucoup moins. Et pourtant, ce format au nom énigmatique présente de nombreux avantages.
Ogg Vorbis : qu'est-ce que c'est ?
Le nom Ogg désigne le principal projet d'ensemble de la fondation Xiph.org, destiné à développer toute une série de formats multimédias libres : codec audio avec Ogg Vorbis ; codec vidéo avec Ogg Theora,... Ogg est aussi un format de fichier conteneur, dont l'extension est .ogg, commune à divers formats du projet.
Ogg Vorbis, le format de compression de données audio créé par la fondation, représente la première étape de développement de ce projet. De fait, parler d'un "fichier Ogg" tend à désigner aujourd'hui un fichier audio encodé au format Ogg Vorbis.
Un projet libre
La fondation Xiph.org, telle qu'elle se présente sur son site, est une organisation à but non lucratif dont l'objectif est de protéger le domaine du multimédia des intérêts privés. On comprend donc aisément que la caractéristique essentielle d'Ogg est d'être un projet libre.
Xiph.org a voulu par-là concurrencer le MP3, payant. Une partie de la technologie utilisée pour le format MP3 est en effet brevetée, et soumise à redevances. Si les particuliers utilisant le MP3 ne sont pas directement taxés, les sociétés et entreprises le sont, quand elles développent du matériel lisant ces fichiers, ou sonorisent un jeu vidéo. Le coût est alors répercuté sur les prix de vente, et donc sur l'utilisateur lambda...
Ogg au contraire est libre de droits, et les utilitaires et bibliothèques du projet sont diffusés sous licences libres (GPL et type BSD). De quoi satisfaire sans désagrément sociétés et particuliers.
1 Les tests de comparaison menés par Xiph.org sont disponibles à l'adresse suivante :
http://www.xiph.org/vorbis/listen.html
Pour d'autres tests, menés par des internautes audiophiles, voir par exemple en date de l'été 2005 :
http://forum.hardware.fr/hardwarefr/VideoSon/MP3-WMA-AAC-OGG-qualite-kbps-evaluation-sujet-83820-1.thm#t0
Un nom énigmatique...
"Ogg Vorbis", un nom bien étrange... Et pourtant, ni "Ogg", ni "Vorbis" ne sont des inventions des techniciens de Xiph.org ! Les explications sont toutefois multiples. Si la plupart s'accordent à reconnaître que "Vorbis" provient du nom d'un des personnages extravagants du roman fantastique de Terry Pratchett, Les Petits Dieux, l'origine d'"Ogg" est plus obscure, et plus polémique. Pour certains, c'est la sorcière Nounou Ogg, personnage d'un autre roman de Pratchett, Mécomptes de fées, qui a donné une partie de son nom au projet. D'autres invoquent plutôt le nom donné à une attaque kamikaze dans le jeu de combats spatiaux Netrek.
Clin d’œil de développeur ou lien secret avec la compression audio ? Difficile de trancher...
Après cette longue présentation, il est temps désormais d’entrer dans les principes techniques d'Ogg Vorbis qui font, au-delà de son caractère libre, tout son intérêt.
Rappelons d'abord qu'Ogg Vorbis, au même titre que le MP3, est un format de compression audio destructeur. Cela signifie que pour réduire la taille des informations contenues dans le fichier audio, l'algorithme de compression retranche un certain nombre des informations contenues dans le fichier original.
Mais contrairement au traditionnel MP3, la sélection des informations éliminées se fait avec Ogg Vorbis selon une logique de qualité sonore plus élevée. En effet, Ogg Vorbis est un format dit "VBR" (Variable Bitrate ou débit variable). Cela signifie que les passages particulièrement complexes (polyphoniques ou contenant des fréquences aiguës) d'un morceau musical vont subir une compression moindre que d'autres passages moins exigeants ou carrément silencieux. Au final, le débit de données est variable afin que la qualité sonore soit constante, et le morceau encodé en .ogg est très ressemblant au morceau d'origine.
Autre performance d'Ogg Vorbis, sa légèreté. De nombreux tests de comparaison ont été menés, aussi bien par la fondation Xiph.org que par des audiophiles tour à tour sceptiques et/ou enthousiastes 1. La comparaison entre les différents formats de compression audio est toutefois sans appel : pour un taux de compression égal, la taille du fichier .ogg est sensiblement plus petite que celle d'un fichier .mp3 (Fig. 1).
Enfin, pour parachever ce tableau jusqu'ici idyllique, on précisera qu'Ogg Vorbis permet aussi (et contrairement au MP3) un encodage en multi-canaux, ce qui autorise à utiliser plus de deux enceintes (stéréo). A l'heure du 5.1, cette performance est loin d'être négligeable.
Avec toutes ces qualités, Ogg Vorbis est-il réellement parfait ? Pas encore tout à fait... Un des principaux inconvénients de ce format est d'abord sa relative lenteur par rapport à l'encodage en MP3. Elle s'explique d'ailleurs aisément. Les algorithmes de compression utilisés sont plus performants que ceux du MP3, ils sont donc aussi plus exigeants en termes de ressources processeur. Cela se traduit par un temps de compression supérieur. Par ailleurs, le système VBR n'est actuellement pas totalement performant, puisque les critères de variations de la compression dépendent aussi du genre musical en question 2.
On a néanmoins avec Ogg Vorbis un format de compression avantageux en termes de stockage et de qualité sonore. Qu'en est-il toutefois de sa diffusion ?
Ogg Vorbis : quelle diffusion ?
Lorsque la version 1.0 d'Ogg Vorbis a été lancée en juillet 2002, le MP3 avait déjà séduit de nombreux utilisateurs. Difficile alors, même libre et performant, de se faire une place...
D'autant plus que le marché des lecteurs MP3 matériels était alors en plein essor. Or, les premières versions du format, dont on a vu qu'il était très exigeant, nécessitaient un processeur à virgule flottante. Seuls les ordinateurs sont équipés de ce genre de processeur, et pas les lecteurs audio. Dès septembre 2002 cependant, Xiph.org a lancé un décodeur à nombre entier, appelé Ogg Tremor, et à libre disposition (licence type BSD) des fabricants de matériel audio. Démarche utile, puisque aujourd'hui de plus en plus de lecteurs MP3 sont compatibles avec Ogg Vorbis (Fig. 2).
La popularité grandissante du format touche aussi de plus en plus les radios diffusées en ligne (streaming). Ogg Vorbis est un format de compression VBR, mais qui peut aussi fonctionner en débit constant, ce qui est nécessaire pour le streaming. C'est ainsi que Radio France par exemple diffuse désormais ses stations en Ogg Vorbis.
Ogg Vorbis : avec quoi ça fonctionne ?
Si vous êtes rôdé au mp3, Ogg Vorbis ne présentera aucune difficulté, puisque l'encodage et la lecture fonctionnent exactement sur le même principe.
La liste des encodeurs Ogg ne cesse de s'agrandir. On se bornera ici à décrire les utilitaires que nous avons trouvés les plus pratiques, sous Gnome et KDE.

Fig. 1 : La fondation Xiph.org propose sur son site de se faire une idée par soi-même en écoutant des extraits musicaux dans différents formats audio.

Fig. 2 : Radio France est une des radios à proposer ses chaînes en streaming au format .ogg.
2 Les tests de comparaison mentionnés évoquent ces différences entre genres musicaux.
Sous Gnome avec Grip
Le programme d'extraction audio Grip possède une interface graphique simple d'utilisation, et qui permet une connexion à une CD database pour une indexation aisée des morceaux.
Après avoir téléchargé, installé et lancé Grip avec un CD dans le lecteur, on se rend compte que si l'ordinateur est relié au Net, Grip va automatiquement chercher les informations relatives au CD. Toutefois, avant d'obtenir les fichiers .ogg, un peu de configuration s'impose.
Il s'agira d'abord d'extraire le CD au format .wav dans un répertoire temporaire, pour l'encoder ensuite en .ogg, avant d'effacer les fichiers WAV précédemment obtenus. Pour cela, dans l'onglet Configuration puis Extraction, on sélectionne comme extracteur grip (cdparanoia) ; après avoir coché Inhiber le mode "paranoia" et Inhiber le mode "extra paranoia" (cela permet d'accélérer l'extraction et l'encodage), on précise comme Format du fichier extrait
/tmp/%n.wav. Ensuite dans l'onglet MP3, on sélectionne comme encodeur oggenc et on personnalise dans Format des fichiers MP3 le format que l'on souhaite donner aux répertoires de musique et fichiers .ogg. Voici les conventions les plus couramment utilisées :
- %A pour le nom de l'artiste ;
- %a pour le nom du chanteur de la chanson ;
- %d pour le titre de l'album ;
- %G pour le genre musical ;
- %n pour le titre de la chanson ;
- %t pour le numéro de la piste.

Fig. 3 : L'interface graphique de Grip
3 Liste non officielle mais régulièrement mise à jour sur :
http://en.wikipedia.org/wiki/Vorbis
Vous précisez ainsi le chemin par lequel on accède aux fichiers, et leur nom, par exemple de cette manière :
~/ogg/%G/%A/%d/%t-%n.ogg. Enfin, dans l'onglet Options, on coche Efface les fichiers Wav après l'encodage, et on règle le Bitrate de l'encodage en fonction de la qualité visée.
L'encodage peut maintenant commencer. Dans l'onglet Pistes, on sélectionne les morceaux à encoder en cliquant droit, puis dans l'onglet Extraction, on lance Extraction + Encodage.
Sous KDE avec Konqueror
L'encodage sous KDE est encore plus simple dès lors qu'on ne souhaite pas intervenir particulièrement dans le réglage de l'encodage et des noms donnés aux fichiers. On peut en effet utiliser tout bêtement Konqueror, en tapant
audiocd:/ dans la barre d'adresse après avoir inséré un CD dans le lecteur. Parmi les dossiers qui apparaissent dans la fenêtre du navigateur, l'un est nommé Ogg Vorbis. Il contient des pseudo-fichiers .ogg des morceaux du CD, correctement nommés si l'ordinateur est connecté (les options sont configurables dans le panneau de configuration de KDE, rubrique Son). Il suffit alors de copier ces pseudo-fichiers dans le répertoire de destination, et l'extraction-encodage s'effectue automatiquement
( Fig. 4 et 5).

Fig. 4 : Les résultats de la commande audiocd:/ lancée dans Konqueror, pour un ordinateur non connecté à internet.

Fig. 5 : Les pseudo-fichiers .ogg du répertoire audiocd:/Ogg Vorbis
Lire des fichiers .ogg
Ogg gagnant doucement en popularité les logiciels et lecteurs permettant de lire les fichiers .ogg se multiplient aussi.
Sous Linux, comme sous Windows et d'autres systèmes, de nombreux logiciels lisent actuellement les fichiers .ogg. La fondation Xiph.org en fournit d'ailleurs une liste plus ou moins exhaustive. On relèvera quant à nous les désormais traditionnels Amarok et XMMS, dont l'utilisation est si simple qu'on ne la décrira pas ici.
Trouver un lecteur matériel pour ses fichiers .ogg pouvait, il y a quelques temps, se révéler un peu plus ardu. Mais là aussi, Ogg Tremor aidant, les constructeurs ont suivi le cap, et la liste des baladeurs compatibles par exemple ne cesse de s'agrandir 3.

Fig. 6 : La lecture d'un des pseudo-fichiers précédemment affichés dans Amarok.
Liens
Site de la fondation Xiph.org :
www.xiph.org
Site d'Ogg Vorbis :
www.vorbis.com
Ecouter les stations de Radio France en Ogg Vorbis :
www.radiofrance.fr/services/aide/difflive.php#ogg