Le lobbying sur Internet
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Si une société ne formule pas de propositions qui vont dans le sens de son développement, d’autres dirigeants joueront de leur influence mais pour défendre uniquement leurs propres intérêts. Le " e-lobbying " n'en est encore qu'à ses prémices et il est encore bien difficile pour les lobbyistes de s'exprimer sur ce sujet car les cas concrets ne sont pas légions. En effet, les techniques d'influences sont légales mais, sur le web, la sensation d'anonymat laisse libre cours à des actions répréhensibles par la loi représentées par la manipulation ou la désinformation et il serait incorrect d'inclure cela dans les activités de lobbying. Pour vous montrer à quoi peut ressembler une stratégie d'influence, nous avons choisi un cas d'école particulièrement représentatif et facilement transposable à Internet.
" Une crème solaire, fabriquée en France, trouve son principe actif dans un extrait naturel de bergamote. Son principal concurrent, produit allemand, utilise d'autres composants. En 1995, une rumeur laisse penser qu'à forte concentration, la bergamote serait cancérigène. Du coup l'Europe légifère. Elle limite l'extrait de bergamote à une concentration 40 fois moindre dans tous les produits en contact avec la peau. Autant dire que la crème solaire française est interdite, laissant les produits allemands a peu près seuls sur le marché. De là à penser que cette firme aurait " aidé " la Commission a avoir cette bonne idée. Mais comment le prouver ? La Cour de justice saisie s'est bornée à constater l'absence de preuves. "

Pourquoi aborder le lobbying ?

Tout simplement parce que les stratégies de lobbying peuvent influencer ou influenceront le paysage informatique et touchent indirectement à la sécurité des S.I. Les exemples sont nombreux mais ceux qui défraient la chronique ne sont autres que la LEN (loi sur l'économie numérique), la problématique des brevets logiciels, la campagne médiatique menée par Microsoft sur le TCO et le ROI des solutions libres. Il ne faut pas s'y tromper, le travail effectué par les lobbies tel que certains le définissait il y a encore quelques années a considérablement évolué à cause ou grâce à Internet. Si en 1998, influencer les décideurs politiques ou économiques était encore réservé à une " élite technocratique ", aujourd'hui les outils disponibles pour faire connaître ou toucher l'opinion publique sont accessibles à tous.Les barrières géographiques n'existent plus et des opérations de lobbying peuvent trouver des relais indifféremment de la langue ou des pays grâce aux outils collaboratifs. Mais l'intérêt pour le réseau a aussi engendré d'autres pratiques moins avouables, comme la désinformation ou la manipulation de l'information, auxquelles les journalistes sont pour l'heure peu sensibilisés au regard de l'emploi qui en est fait (au moins 70% des rédacteurs utilisent Internet pour trouver de l'information et écrire leurs articles).

Qu'est-ce que le lobbying ?

Ce terme, si familier au monde anglo-saxon, n’a pas bonne presse en France. Qui dit " lobbying ", dit " absence de transparence et défense d’intérêts très particuliers ". Pourtant, l’activité est en plein essor. Le lobbying pour la plupart des Français, " c'est utiliser un groupe de pression auprès des pouvoirs en place pour faire passer ses idées ou ses intérêts ". Le lobbying pour les instances politiques " consiste à fournir ou à obtenir la bonne information au bon moment pour orienter une décision dans un sens favorable à notre économie " Quant à nous, nous préférons définir le lobbying comme suit : " Une stratégie d'influence se construit en plusieurs étapes. La matière première du lobbying, c'est la décision publique et c'est à partir de là que se tisse les réseaux qui veulent influencer les acteurs. L'influence se construit dans la durée, par une approche stratégique des groupes d'intérêts qui emploient de multiples méthodes pour convaincre, faire passer des messages ou encore détourner l'attention. Afin de pouvoir intervenir intelligemment dans un débat, la logique de lobbying exige la mise en place d'outils de surveillance capables de détecter les signaux faibles précurseurs de futures décisions pouvant influencer le développement d'un marché. C'est ici que l'on rejoint le concept de veille stratégique et d'intelligence économique (dans la mise en place et la diffusion intelligente de l'information) préalable aux choix des alliés. L'influence est un jeu à partenaires multiples avec lesquels il est nécessaire de nouer des alliances et d’adapter son argumentation (exposer sa thèse, se placer en partenaire des décideurs, contrer les argumentaires adverses et conforter son image) auprès des stakeholders*. * Les stakeholders caractérisent toutes les parties qui participent à l'activité de l'entreprise ou qui ont un lien avec elle, aussi ténu soit-il. Il s'agit de tous ceux qui sont susceptibles d'être touchés par une décision de l'entreprise : actionnaires, administrateurs, dirigeants, salariés, clients, distributeurs, fournisseurs, créanciers, investisseurs, collectivités, institutions publiques, groupes de pression.

Intelligence économique et lobbying

Ce ne sont pas les informations publiques qui seront déterminantes car elles concernent généralement des décisions déjà adoptées. Ce ne sont pas non plus les informations classées confidentielles (à moins de tomber dans l'illégalité), cela concerne les informations dites " grises ". Les informations grises sont celles que l'on peut acquérir de manière indirecte et qui ne sont pas accessibles à un public non averti (réseau relationnel, informations internes,...). D'accès légal, elles sont la matière première des spécialistes de l'intelligence économique. Ainsi le travail du lobbyiste consistera dans un premier temps à :
  • identifier les sources d'informations et les interlocuteurs sensibles à la problématique exposée.
  • identifier les futurs programmes ou décisions publiques pouvant avoir un effet sur les activités du groupe d'intérêt.
  • mettre en place une veille sur l'évolution des débats entre pouvoirs publics et partenaires.
  • s'imposer en tant qu'interlocuteur crédible auprès des autorités compétentes, se plaçant ainsi dans une démarche d'anticipation.
Vous pouvez vous référer à l'article paru dans Misc 5 " Mise en place d'une cellule de veille technologique " pour de plus amples détails sur la veille stratégique. Ainsi, dans le numéro de Novembre du magazine 01informatique, un dossier complet est consacré au rôle du DSI (Directeur des systèmes d'informations) dans une démarche d'intelligence économique, terme s'il en est très en vogue depuis la présentation du rapport Carayon et la nomination de M. Juillet en tant que haut responsable auprès du Premier ministre sur les questions touchant à l'intelligence économique. Pourquoi aborder l'intelligence économique quand l'on parle de lobbying ? Tout simplement parce que la première question que l'on doit se poser en tant que lobbyiste est : " Quelles informations me seront-elles utiles pour mettre en place ma stratégie d'influence ? ". En réalité, le lobbying peut être considéré comme une des composantes de l'intelligence économique (la partie offensive) avec cinq techniques couramment utilisées :
  • relais via une institution (ONG, associations, fondations think-thank)
  • approche juridique (proposition et remaniement de lois ou directives)
  • appel à l'opinion (mobilisation du grand public)
  • lobbying financier (contraintes financières, économiques)
  • le lobbying direct (argumentaires, dossiers)

Les stratégies du cyber-lobbying

En fait, l'on peut distinguer trois stades dans la pratique du cyber-lobbying, indiquant ainsi le degré de maturité de l'entreprise utilisatrice en ce qui concerne la contre-information.
1) L'entreprise organise une veille on-line (supports d'informations web : forums, newsgroups, portails d'informations) et si nécessaire répond à des attaques ou des menaces par une défense off-line (supports d'informations hors média Internet) : publication de communiqués de presse, procès, relation publiques. 2) L'entreprise a prévu à l'avance des réponses appropriées, à la fois off-line et on-line. C'est le cas des entreprises qui disposent de " sites dormants " : des sites finalisés à 90% et qui ne sont pas accessibles par Internet. Ils seront finalisés et mis en ligne très rapidement si la nécessité s'en faisait sentir (suite à un événement touchant à l'intégrité ou à l'image de la société). 3) L'entreprise " occupe le terrain " également sur Internet, participe et canalise le débat public en ligne sur ses propres réseaux informationnels. C'est le cas entre autres de Monsanto qui a créé un site de débat sur les OGM. Cette démarche est beaucoup plus proactive (voir ci-dessous).
Naturellement, la plupart des entreprises en sont au premier stade, quelques entreprises se trouvent au second et le troisième demeure exceptionnel. Bruno Gosselin [1] a pour sa part identifié 6 typologies de sites Internet vecteurs d'influence : Les sites miroir Ils multiplient les portes d’entrée vers une information partisane en créant des " capteurs d’internautes ". Il s’agit le plus souvent de sites très simples (une seule page dans certains cas) qui permettront d’attirer les internautes vers un même site vitrine ou pot de miel. Ce type de site est aujourd'hui caractérisé par ce que l'on nomme les " blogs " qui reprennent les informations ou les fils RSS d'un site principal et établissent des liens pointant tous vers une source primaire d'information. Tel est le cas du site http://www.Odebi.org qui a profité des nombreux liens présents sur les blogs pour être indexé dans les premières page de Google et devenir LE site d'opposition à la LEN. Le site pot-de-miel Il permet de se faire connaître comme une source fiable en présentant les deux critères suivants : l’impartialité et la légitimité (morale ou technique) sur le sujet. On citera comme exemple le site www.LinuxFR.org portail de référence sur l'actualité touchant aux Logiciels libres. Mais, rien n'empêche le site une fois que les visiteurs sont fidélisés de faire évoluer celui-ci vers un site d'opposition ou un site rumeurs... Il en a été ainsi d'un site créé sur la thématique de la bourse et qui distillait des informations de très bonne qualité et gratuites ! Le nombre d'abonnés à la newsletters, de partenaires éditoriaux et de posts sur la liste de diffusion n'avaient cessé d'augmenter en deux ans, jusqu'à ce que le webmaster du site web publie volontairement une fausse information sur une société cotée en bourse (dans laquelle il avait bien évidemment des actions) Résultat : cet administrateur de sites après deux ans de travail acharné a gagné, en quelques heures, plusieurs milliers de dollars qu'il ne pourra pas dépenser, car il a été arrêté. Le site cheval de Troie Il s'agit d'un site " alibi ". Il conduit l’internaute à s’intéresser ou découvrir un sujet particulier par l’intermédiaire d’un thème connexe. Généralement conçus par des entreprises, ces sites de type communautaire s'intéressent à un secteur d'activité particulier comme la sécurité informatique avec un comparatif des IDS (Intrusion Détection System) actuels et d'un IDS en particulier réputé plus performant. Le but étant de pouvoir rediriger les internautes vers le site de la société spécialisée dans les IDS. Cela pourrait être notamment le cas du http://www.esag.info (European Security Advocacy Group) qui a fait de nouveau paraître en novembre (idem l'année dernière) des communiqués d’un quart de page, notamment dans le Figaro. Ces encarts dénoncent l’insécurité liée à la porosité des nouvelles frontières de l’Union Européenne face aux dangers du terrorisme international. L'ESAG a monté en juin dernier un site Internet dont l’adresse figure sur ses encarts (http://www.esag.info). Le moins que l’on puisse dire est que les informations dispensées y sont bien maigres. Aucune information sur l’identité et les motivations de ses membres, sans parler des sources de financement qui permettent de telles campagnes de communication. Les seules coordonnées disponibles sont celles de l’hébergeur du site… au Luxembourg Le site d’opposition Il se présente comme un site " consumériste " qui capitalise les défauts d’un produit, les failles d’une entreprise, d’un dirigeant… Dans le cas d’une stratégie de déstabilisation, il peut intégrer des informations fausses ou manipulées. Le site d’opposition fait fureur aux Etats-Unis. Ford a été déstabilisé par ce type de site, mais les commanditaires, japonais, n’ont pas étaient retrouvés. L’idée est de compiler toutes les erreurs commises par une entreprise, de les accumuler et de les mettre sur le site. Les faits exposés sont véridiques, mais utilisés à mauvais escient. Pour réussir son coup, mieux vaut attendre un événement défavorable à la cible pour profiter d’un mouvement d’opinion. Le mieux est de crédibiliser le site par la présence d’un personnage légitime, un spécialiste. Certaines entreprises fabriquent elles-mêmes leur site destiné à recevoir les plaintes des consommateurs afin de désamorcer ce genre d’attaque. Cette stratégie a coûté au final 20% de parts de marché à Ford en l’espace de quelques mois. C'est entre autres le cas du site http://www.stopcarlyle.com, qui met en évidence les prises de participations de Carlyle (fond de pension américain) dans des sociétés européennes. Le site rumeur Il distille des informations " négatives " par l’intermédiaire d’un ou plusieurs sites en restant dans l’ombre. Il vise à déstabiliser par une démarche syndicale de désinformation/contre-information envers un autre acteur. Voici un exemple très significatif. L’histoire commence comme un conte de fée. Sur un terrain de foot, deux amis décident de racheter une distillerie en Pologne et de produire de la vodka. En un an, le succès est absolu. Le problème est qu’ils ont été tellement rapides dans leur ascension, qu’ils n’ont pas eu le temps de s’occuper de leur site. Un groupe malveillant a alors créé un site démontrant que les petits actionnaires étaient opprimés. Pour donner de la crédibilité à ces accusations, une partie du site est consacré à des décisions de justice, d’ailleurs pas toujours en rapport avec les allégations. Ce fut la première pratique de ce type de site en France. Finalement, le groupe a dû revendre sa distillerie à cause des frais de justice. Une désinformation qui a fonctionné. Ce type de site a une contrainte très importante si la personne ou l’entreprise visée remonte jusqu’au commanditaire de l’action. Le risque dépend de l’information reproduite. Il est important dans le cas de la désinformation, car il s’agit d’un délit juridiquement sanctionné. Le " dark site " ou site masqué Il s’agit d’un site dont l’objectif est d’apporter une réponse immédiate à un événement particulier. Sa mise en ligne est conditionnée par la réalisation de cet événement, ce qui lui permet de s’imposer comme une source privilégiée des médias. La plupart des grandes entreprises du CAC 40 ont un site Internet de ce type, ce qui leur permet, en cas de communication de crise, de pouvoir répondre rapidement à la demande d'information des consommateurs, des journalistes et de canaliser le discours. Internet et l'opinion public Internet est à n'en pas douter le média idéal de la communication d'influence car derrière certains sites anonymes la défense d'intérêts économiques s'organisent. Associations, entreprises, marques, lobbies, mouvements politiques ont trouvé dans ce support informationnel la possibilité d'accéder à l'opinion publique pour un budget marketing limité. Mais Internet pose entre autres deux problèmes :
  • les internautes n'ont pas une connaissance suffisante, ou du moins, n'ont pas approprié l'usage du réseau dans une logique d'influence.
  • Les visiteurs des sites n'ont pas les connaissances techniques suffisantes (cela ne concerne pas les lecteurs de Misc bien sûr) pour identifier les acteurs se camouflant derrière les portails d'informations.
Ces sites mettent en place une véritable stratégie de " perception management ", ce qui consiste à fausser la perception de l'audience en sélectionnant l'information proposée. Si la pratique de la désinformation ou de la manipulation de l'information peut avoir un effet immédiat mais d'une durée généralement limitée dans le temps, ces nouvelles techniques sont mises en place pour influencer durablement le consommateur et jouent sur le principe de l'anticipation de crises informationnelles. Un rapport a d'ailleurs été élaboré sur un cas précis par la société Spinpartners [2], qui s'est intéressée au site Internet Ogm-debats.com, identifiant deux pratiques utilisées par ce portail d'information : le " cyberlobbying " (en proposant du contenu aux journalistes, scientifiques et aux enseignants) et le " perception management ". A première vue, le site ogm-debats.com [3] se positionne comme un lieu de débats et d'échanges sur les biotechnologies en agriculture. Le discours devrait donc être objectif et donner les éléments permettant de se forger une opinion pour ou contre les OGM, mais il n'en est rien puisque le site est édité par l'association DEBA [4] (Débats et Echanges sur les Biotechnologies en Agriculture), une structure créée par : BASF Agricultural Products, Bayer CropScience, Dow AgroSciences, DuPont-Pioneer Semences, Monsanto et Syngenta. Des sociétés qui ont toutes un objectif commun : la promotion des OGM sur le continent européen et l'adoption de directives européennes favorables à ceux-ci.

L'association comme vecteur d'influence

Le cadre légal de la loi 1901 donne la possibilité de défendre des intérêts et nombre d’associations françaises sont en fait des groupes de pression, des réseaux de pouvoir. Cette loi du 1er juillet 1901 sert à toutes les causes : humanitaires, écologistes, médicales... Depuis une trentaine d’années, aucun secteur du militantisme ne lui échappe. Les antimondialistes, souvent au cœur de la contestation, sont également des associatifs. Moins visible, le lobbying de certains clubs où se réunissent hommes politiques, chefs d’entreprise et intellectuels n’en est pas moins très efficace. C’est souvent dans ces cercles, prisés et fermés, que se dessinent les contours d’une future loi ou d’un courant de pensée. Aujourd'hui, la grande majorité des ONG utilise massivement la mobilisation de l'opinion publique comme outil d'action et de pression. Au départ plutôt spécialisées dans la mise en œuvre d'actions " de terrain ", les ONG tendent à agir de plus en plus par le biais du lobbying et de la mobilisation en utilisant les possibilités d'Internet. Ce sont surtout les milieux associatifs et contestataires qui ont su pour l'instant valoriser ce support et donner une résonance à leurs actions. Les techniques utilisées sont dorénavant classiques : envois de courriers électroniques directement aux dirigeants des entreprises ou des élus, signature de pétitions, boycotts de produits, mail-bombing, création de sites Internet (blogs), newsletters, chats, forums ou bien encore pratique du Google bombing*. De plus en plus de mouvements, issus de la société civile, se servent également d’Internet pour s’organiser et interpeller publiquement ces mêmes entreprises. On pensera notamment aux campagnes de protestation et de mobilisation comme jeboycottedanone.com, jeboycottadobe.com ou contre certains grands groupes pétroliers (Total ou Esso) et énergétiques (EDF, Areva). Dans ce nouveau contexte d'utilisation du web, le critère de la taille perd son importance. En effet, une petite ONG avec peu de salariés et des moyens matériels modestes peut avoir un impact relativement lourd sur une entreprise si elle a su créer de nombreux partenariats avec d'autres associations qui relaient aussi son message. Il en a été ainsi au tout départ du débat sur la loi Fontaine (LEN) qui a provoqué en quelques semaines un mouvement de contestation relayé par la presse écrite. La ligue Odebi [6], qui se battait depuis longtemps contre le projet de loi et qui regroupait plusieurs associations de défense des internautes, n'avait pas hésité à sonner l'alarme contre la LEN, jugée " liberticide " et menacer de " boycott " électoral les députés qui suivront " Nicole Fontaine dans sa dérive ". Cette ligue, avait notamment incité les internautes à écrire à leurs députés et signer une pétition qui aurait réussi à recueillir 100 000 signatures de soutien, ceci en mettant à disposition des webmasters et des internautes un kit anti-LEN comprenant :
  • une lettre à transmettre à son carnet de correspondance.
  • l'adresse de la pétition sur le site Odebi.
  • les adresses mails de tous les sénateurs.
  • des opérations de Google bombing*.
* Un Google bombing " classique " consiste à faire le maximum de liens, toujours vers le même site, en utilisant à chaque fois les mêmes mots clés. L'objectif du Google bombing est ainsi d'arriver dans les premiers résultats pour une requête précise sur Google. Car, le classement d'un site dépend pour de nombreux moteurs et notamment pour Google du nombre de liens pointant vers votre site web (Le PR). Sur ce sujet, fournisseurs d'accès, associations et internautes se sont retrouvés sur la même longueur d'onde et ont réussi à influencer les élus politiques, le texte d'origine ayant été partiellement modifié (lire le dossier consacré à la LEN sur 01net [6]).

L'exemple de Stop Carlyle !

Le site stop carlyle (http://isuisse.ifrance.com/stopcarlyle/index.htm)

L'affaire Carlyle-Otor : une campagne d'influences

Des cabinets de lobbying s’agitent. Des notes compromettantes parviennent dans les rédactions. Certains témoins refusent de parler au téléphone : leur ligne ne serait pas sûre… L’affaire se transforme en un cas d'école d'infoguerre qui, chaque semaine, apporte son lot de rumeurs, de faux documents ou de faux témoignages.

Rappel des faits

Otor, un des leaders de l'emballage en carton Français qui compte 3 000 salariés en France et en Europe est opposé à Carlyle, l'un des plus gros fonds d'investissement mondiaux. Son métier : prendre des participations dans des entreprises sous-valorisées, les restructurer, puis les revendre avec une plus-value. Depuis plus de trois ans, les deux sociétés s'affrontent sur le terrain médiatique et juridique. Suite à des difficultés financières rencontrées par Otor, fin 1999, Le Crédit Lyonnais, principal banquier d'Otor, lui présente et recommande le fond de pension Carlyle pour sortir de l'impasse. En mai 2000, un accord est signé : le fonds apporte 45 millions d'euros en échange de 21 % du holding qui contrôle le groupe. Le pacte d'actionnaires prévoit que, si Otor ne remplit pas ses objectifs en terme de rentabilité, Carlyle puisse en devenir l'actionnaire via un mécanisme d'obligations convertibles en actions. [7] En effet, Il verra sa part passer à 92% du capital, en 2006 et de manière anticipée, si Otor ne respecte pas certains ratios financiers. Ce que le fond de pension décide de faire… moins de dix-huit mois après la signature du pacte. Après avoir injecté seulement 45 millions d’euros, Carlyle voit sa part passer de 21 à 92 % du capital. Début 2004, l’affaire se médiatise et la presse s’empare des révélations faites au parquet par un des commissaires aux comptes d’Otor : Bacques et Bouvier auraient fait appel, aux frais de la société, à des " officines " d’intelligence économique, entre autres pour monter un faux site alter-mondialiste. Stop Carlyle ! Depuis le 27 août, c’est le fonds américain qui se retrouve à son tour à la une des médias. La guerre d’influence s’emballe. Le groupe fait face à un déferlement médiatique en France, qui ne lui paraît pas étranger à ses démêlés avec Otor. Ses dirigeants ont été pris à partie sur un site Internet baptisé Stop Carlyle, un livre intitulé Le réseau Carlyle : banquier des guerres américaines, écrit par François Missen, vient de paraître chez Flammarion. Enfin, Canal+ a diffusé un documentaire sur la société américaine le 4 octobre. Au cœur de la polémique, ses relations controversées avec le lobby militaro-industriel américain. Mais, la bataille se joue aussi sur le terrain judiciaire. Le fonds accuse les dirigeants d’Otor d’espionnage économique. Il estime qu’ils ont orchestré des manœuvres de déstabilisation et que des prestations douteuses ont été payées par la société. Carlyle a porté plainte. Des perquisitions ont eu lieu chez Otor et chez le commissaire aux comptes Ernst et Young. Une information judiciaire a été ouverte en février 2004 pour abus de biens sociaux. Dans l’ombre, un autre conflit se joue. Les armes y sont le lobbying politique et la manipulation médiatique. Carlyle a fait appel au cabinet de relations publiques DGM et à la société de lobbying Paul Boury. Otor utilise le consultant Sirius. Dans ce bras de fer, la société d’emballage a l’avantage. La réputation sulfureuse de son rival effraie. Une proposition de loi a même été déposée par le député UMP du Tarn Bernard Carayon, visant à interdire en France l’utilisation de la norme comptable américaine au cœur du différend entre les deux groupes. Mais ce n’est pas tout. Otor, à son tour, estime avoir été victime d’espionnage économique. Une facture émise par la société Sirius en mai aurait été volée. Et Carlyle dispose de documents internes au groupe. De quoi nourrir une nouvelle action en justice. [10]

Le site Internet sujet à polémique : Stop Carlyle !

Qui se cache derrière Stop Carlyle ? Un site en HTML, un hébergement chez I-france, des redirections web. A première vue, l'on pourrait penser que c'est un site contestataire, mais les analyses sur Carlyle, la traduction du site en Anglais et l'apparent anonymat ne correspondent pas vraiment à un site d'opposition alter-mondialiste. Par contre il reprend les éléments d'un site à mi-chemin entre le site " contestataire " et le site " alibi " et conduit l'internaute (et les journalistes) à s'intéresser à Otor par l'intermédiaire d'une polémique sur le fond de pension Carlyle.

Un site alibi

Le site fournit des analyses détaillées sur Carlyle, ses liens avec la famille Bush, ses montages financiers et ses investissements dans le secteur de la défense. Le site en l'état actuel ne mérite pas d'attention particulière et l'hébergement chez I-france éveille aux premiers abords une certaine suspicion. Mais le site a connu une certaine notoriété, surtout parce que depuis l'affaire Gemplus, les médias sont particulièrement sensibles à tout ce qui touche au complexe militaro-industriel et l'implication des fonds de pension américains dans les technologies " sensibles " européennes. La presse s'est donc emparée du conflit " Otor/Carlyle " : le conflit opposant le " petit " cartonnier français au puissant fond américain (David contre Goliath) et cite régulièrement le site Stop Carlyle ! Ainsi, quelques pages HTMLl se retrouvent propulsées à la Une des journaux Libération, Le monde, Les Echos, surfant sur l'anti-américanisme et la méfiance à l'égard des investisseurs étrangers en France (surtout quand cela touche au milieu de la défense ou aux secteurs stratégiques) En témoigne le reportage de Canal+ le lundi 4 octobre sur le Carlyle group. Selon le journaliste Betrand Fraysse du magazine Challenge : trois heures avant la diffusion du reportage sur la chaîne, une séance privée est organisée : consultants ou parlementaires sont tous acquis à la cause du cartonnier Otor, en conflit avec l'un des plus gros fonds d’investissement du monde.

Un site contestataire

Les personnes se trouvant derrière Stop Carlyle ont su nouer des liens avec Indymédia et créer grâce à ce réseau alter-mondialiste des contacts avec des correspondants en Suisse, en France, en Allemagne, en Belgique, au Luxembourg, au Canada et des militants aux Etats-Unis. Les débuts du site Stop Carlyle en 2002 ont été laborieux. Mais à force de poster dans les newsgroups, de spammer et de proposer leurs articles aux autres portails d'informations, ils ont su promouvoir leur site. Un détail (outre l'anonymat) reste gênant : l'architecture même du site (en HTML) n'est pas conçue pour accueillir des commentaires ou des opinions. Le réel intérêt d'un site contestataire, c'est tout de même de créer une " communauté " qui se mobilise pour ou contre une cause avec une " vraie " pétition, un forum, une newsletter... A l'heure où n'importe quel internaute sans aucune base technique sait concevoir un blog ouvert à tous les contributeurs, il est curieux que celui-ci n'ai pas évolué en deux ans ! Ces éléments nous amènent a penser que derrière le site Stop Carlyle se cachent soit des professionnels, soit plus simplement un exemple type de TD d'étudiants mis en pratique... Quoi qu'il en soit, on peut dorénavant le qualifier de site " pot de miel " puisqu'il est devenu le site de référence sur le groupe Carlyle pour de nombreux journalistes et internautes. Le groupe Carlyle a, quant à lui, racheté tous les noms de domaines en .org, .net, .com tel que stop-carlyle.com coupant court à toute initiative de voir un jour l'apparition d'un portail contestataire avec un vrai nom de domaine. La polémique Otor/Carlyle devrait néanmoins continuer jusqu'en 2006, date à laquelle Carlyle devrait voir sa part dans le capital passer à 92%. Conflits d'intérêts, luttes d'influences, fausses informations... difficile de démêler le vrai du faux ainsi nous reprendrons les propos de M. Juillet (Haut responsable auprès du Premier ministre sur les questions liées à l'intelligence économique) interrogé sur la question : " il s'agit d'une affaire de droit privé qui n'a rien à voir avec l'intelligence économique ", et " les dirigeants d'Otor auraient dû être plus vigilants lors de la signature du contrat avec Carlyle ".

Conclusion

Le lobbying Français est bien peu représenté à Bruxelles face aux gros cabinets anglo-saxons ou autres groupements européens qui défendent les intérêts privés de leurs clients. L'industrie informatique repose sur des normes, des brevets, des licences rendant aux yeux des non-initiés complexes les débats techniques sur la préservation des intérêts économiques, privés français ou européens. Et pourtant, la Commission encourage, l’approche lobbyiste. " La Commission a toujours été ouverte aux idées du monde extérieur. Elle croit qu’il s’agit d’un processus essentiel pour le développement de ses politiques. Ce dialogue s’est révélé aussi fructueux pour la Commission que pour les intéressés du monde extérieur. Les fonctionnaires de la Commission reconnaissent la nécessité de cet apport extérieur bien accueilli par eux " Car la soumission de livres blancs, de rapports et les discussions permettent d'éclairer le législateur sur le bien-fondé de directives européennes en toute connaissance de cause (raisons objectives des opposants et des partisans) Encore aujourd'hui, beaucoup d’entreprises françaises considèrent le lobbying comme une science à part, dont l’utilité ne serait pas vraiment démontrée (rapport à l'investissement financier) et qui serait jugée souvent contraire à l’éthique. La méconnaissance de celles-ci sur ce sujet, pourtant très important, à l’heure où la plupart des décisions se prennent à Bruxelles, laisse le champ libre à leurs partenaires européens pour influer, comme ils l’entendent, sur les processus et décisions communautaires. Ce que soulignait d'ailleurs un rapport de la CCIP en septembre 2002 intitulé " Renforcer le lobbying des entreprises françaises à Bruxelles " [8] et qui dressait un état de l'art des pratiques françaises en terme de lobbying, un rapport toujours d'actualité ! L'une des rares exceptions à s'ouvrir au lobbying en ligne est sans doute fournie par l'Organisation Mondiale du Commerce. Tirant les leçons de l'épisode de Seattle et de l'irruption des lobbies dans les débats sur l'avenir du commerce international, l'institution est désormais attentive à publier avec régularité les réactions et propositions qui émanent des organisations non gouvernementales. Webographie
  •  1. Bruno Gosselin intervient avec Jean-Noël Kapferer sur le lobbying et les rumeurs à HEC.
  • 2. Spinpartners.com (fusion des cabinets C4iFR : intelligence économique et Aciel : lobbying).
  • 3. Ogm-debats.com, site d'influence créé par des acteurs pro-ogm.
  • 4. Promotion du site ogm débat sur Medcost : http://www.medcost.fr/html/etude_cas_we/mag_24/ogm.htm
  • 5. Odebi.org, site de contestation de la LEN.
  • 6. Zdnet.fr (dossier mise à jour de la LEN).
  • 7. Eurolinux.org, site traduit en plusieurs langues " anti brevets logiciels ".
  • 8. Ccip.fr dossier, " Renforcer le lobbying des entreprises françaises à Bruxelles ".
  • 9. Le Nouvel observateur, " Qui a peur de Carlyle ? ".
  • 10. Challenges, " Cent jours dans la bataille Otor/Carlyle ".

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