Édito : Open Silicium N°4
Mis en ligne le : 30/09/2011
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    Mais pourquoi ? Un petit nombre de lecteurs nous ont fait dernièrement part de leur surprise quant à la faible quantité d’articles traitant de Windows et d’applications Windows, pourtant en quantité raisonnable dans le milieu de l’électronique. C’est une bonne question et la réponse pourrait se résumer à une paire de mots (ou un, selon comment on l’écrit) : open source. Les applications Windows, tout comme le système lui-même, ne sont ni ouvertes, ni en logiciel libre. Au-delà d’une certaine forme d’idéologie, cela pose un véritable problème culturel lorsqu’on navigue dans les eaux claires de l’open hardware et de l’open source. Bien sûr, avoir une machine Windows n’est pas inutile puisque, selon la situation, le matériel, la plateforme ou les applicatifs utilisés, nous n’avons tantôt pas le choix. Prenons le cas du notificateur de mails lumineux qui est traité dans les pages qui suivent. Sans une plateforme logicielle et un système adéquat il devient difficile, voire impossible, d’arriver à écrire le moindre code permettant de rendre ce matériel utilisable avec Mac OS X, un BSD ou GNU/Linux. Windows a été à un moment ou un autre indispensable à un développeur souhaitant faire de l’open source, car analyser un protocole ne relève pas de la divination (normalement). Cela fait bien longtemps maintenant que l’utilisation quotidienne ou même répétitive d’un système Windows n’est plus qu’un lointain souvenir pour moi. De ce fait, étant plus naturellement à l’aise avec un système UNIX, il me devient difficile de comprendre pour quelles raisons certains utilisateurs ne switchent pas ou n’inversent pas leur répartition temps GNU/Linux vs temps Windows. Bien entendu, comme tout le monde (dans ma tranche d’âge), j’ai commencé sous MS/DOS, puis Windows 3.1/3.11 et enfin Windows 95/98. Je me souviens que, déjà à cette époque, ce sentiment de frustration face à un système si peu ouvert ... ...et si peu techniquement documenté était très présent. On avait beau creuser et chercher, il arrivait toujours un moment où on se retrouvait dans une impasse. Et plus on avançait dans le temps, plus je regrettais MS/DOS (si, si). En ce temps, il arrivait inéluctablement un moment précis où le système vous rappelait qui étaient les développeurs, qui vendait la licence et qui devait se borner à utiliser le système ou l’application comme l’éditeur l’avait décidé. Plus que de la frustration, c’est un sentiment d’oppression qui m’envahissait. Autant vous dire qu’aujourd’hui, je suis obligé de me retrouver face à un système propriétaire (ou semi-propriétaire) pour éprouver les mêmes sensations. Chose qui n’arrive plus, heureusement, que très rarement. La plupart du temps par obligation et parfois par hasard (cf. l’article sur le Toshiba Places dans ce numéro). Ainsi, au fil du temps, on finit par s’habituer à une certaine richesse dans son environnement informatique. L’accoutumance au confort, sans doute. Les petits secrets du système ne sont plus vraiment inaccessibles, mais se troquent simplement contre du temps et de l’énergie. Aujourd’hui, l’ouverture des sources et les licences garantissant cette liberté de savoir et d’apprendre ont prouvé leur valeur et leurs avantages. Ainsi, cette méthode de développement, clairement plus efficace techniquement, s’étend petit-à-petit au code des pilotes et des microcontrôleurs mais aussi aux circuits, à la documentation et à bien d’autres choses dont la fermeture et l’opacité étaient fermement ancrées dans les habitudes. L’open hardware prend son envol doucement, convainquant des acteurs du milieu à force de démonstrations et de tentatives réussies. C’est un milieu encore très frileux à l’idée de partager ouvertement quelque chose et les choses progressent sous la forme de petits essais bien mesurés et prudents. Bien sûr, certains misent plus gros que d’autres mais, globalement, les choses semblent aller dans la bonne direction. C’est très satisfaisant pour une personne qui, comme moi, tire déjà pleinement avantage du logiciel libre aussi bien d’un point de vue personnel que professionnel. Open Silicium est né du terreau de l’open source et du logiciel libre avec, comme objectif, de vous faire découvrir que cette passion qui anime déjà une énorme quantité de développeurs est transposable aux matériels, aux plateformes de développement pour microcontrôleurs et au monde de l’embarqué en général. Et ça marche ! Comment pourrait-il en être autrement, puisque la frontière entre le logiciel et le matériel est de plus en plus mince ? L’époque où l’électronique se résumait à du modélisme ferroviaire à base de circuit logique, à du contrôle d’aquarium à grands coups de LDR et à la fabrication d’ampli en tous genres, est révolue. Il faut maintenant compter avec l’électronique numérique et des composants plus puissants que nos premiers PC, se programmant en C (langage de bas niveau aujourd’hui, mais de haut niveau il n’y a pas si longtemps) et coûtant moins qu’une laitue. Seulement voilà, comment pourrions-nous légitimement démontrer que le partage des connaissances, l’exploration, le hack et l’open source sont des éléments bénéfiques pour vos créations et votre passion, si nous ne faisons rien pour vous éviter d’utiliser quelque chose de totalement fermé (j’allais dire " obscur ") ? En version plus épurée : comment voulez-vous correctement profiter de ces bienfaits si le système qui vous sert d’outil principal et de socle est développé dans une direction radicalement opposée ? Cela revient un peu à construire un château sur du sable... Il y a là quelque chose qui serait contre-productif, sinon malsain, à détailler par exemple dans ce numéro, le développement d’un support Windows pour le notificateur de mails dont je vous parlais précédemment. D’une part parce qu’un support logiciel existe déjà et d’autre part pour deux raisons : - Le code aura beau être en logiciel libre, tout comme le compilateur que vous utiliserez (bonne chance déjà sous Windows pour cela !) et même l’éditeur de texte, au final vous aurez quoi ? Un binaire qui ne fonctionne qu’avec un système propriétaire et donc avec des couches inférieures dignes des plus profonds abysses de par leur opacité. Peu importe jusqu’où vous descendrez dans le système, à un moment ou un autre, vous serez dans le noir. Chose qui n’arrive pas avec un système open source. - C’est tout bonnement plus difficile. La difficulté peut être un jeu ou un défi, mais uniquement à condition qu’ils en vaillent le coup. Personnellement, je ne vois pas l’utilité de me compliquer la vie avec un système que je ne maîtrise pas et dont je ne pourrai jamais comprendre le fonctionnement interne. C’est une croisade sans espoir. À ces deux points peut être opposé un argument en faveur du système propriétaire majoritaire, mais cela revient à remettre en cause l’objet et le moteur de la présente publication. Cet argument est la popularité de votre application ou de votre solution. Mais la motivation est alors bien différente. Il ne s’agira plus de comprendre, partager et utiliser, mais de proposer au plus grand nombre le fruit de votre travail. C’est là, généralement je pense, la principale raison de développer pour Windows. On vise la masse, on s’attaque à un marché ! Une telle manÅ“uvre n’a plus rien à voir avec la seule passion, c’est tout autre chose. L’illustration peut en être faite en comparant cela à n’importe quelle activité passionnelle artisanale. Prenons par exemple l’artisan fromager. Il y a le passionné qui fait ses fromages dans le respect des traditions et éventuellement, essaie quelques variations basées sur l’expérience de ses prédécesseurs et son imagination. Voici la personne qui va produire de bons petits munsters, bien goûteux et bien odorants, mais pas nécessairement du goût de la majorité des consommateurs. A celui-ci, nous pouvons comparer la PMI qui va produire des produits laitiers Babybel compliant. Difficile de parler d’amour de l’art et de passion culinaire. Il en va de même entre l’ébéniste et IKEA, ou encore entre le restaurateur de voitures anciennes et le vendeur de kits de tuning vert fluo. On ne parle tout simplement pas de la même chose. Pour en revenir à nos moutons, tout comme l’utilisateur et développeur de codes open source se dirigeant vers l’embarqué et l’électronique, l’amateur d’électronique gagnera à globaliser sa démarche. Si nous prenons le problème dans le sens inverse, je ne peux que plaindre la personne qui, à titre ludique/privé, utilise Windows mais se passionne pour Arduino, la robotique, la domotique, le hack, la réalité augmentée et j’en passe. Je ne vois là rien d’autre qu’une personne qui se handicape dans la course vers la satisfaction de sa passion. Bien entendu, l’utilisation d’un système comme GNU/Linux n’est pas de tout repos. Inutile de dépeindre les choses sous leur plus beau jour. Parmi les difficultés nous avons, par exemple, le support quasi-constant de Windows sous la forme d’applications gratuites directement fonctionnelles. Un exemple simple est le système Plugwise permettant le contrôle et la mesure de consommation électrique sous la forme d’un réseau maillé sans fil de prises murales. Ce système est piloté par un ordinateur équipé d’une clef USB appelée Stick Plugwise (adaptateur ZigBee/série/USB) utilisée par l’application Plugwise Source qui, contrairement à ce que son nom peut suggérer, est un logiciel propriétaire. Utiliser ce système avec une machine GNU/Linux ou n’importe quel système non Windows est un vrai sport. Les informations existent, les codes aussi, mais vous devrez prendre le temps de comprendre et d’apprendre. Nous ne sommes pas dans le mode " Installer Suivant Suivant Suivant Terminer Utiliser ". Il en va de même pour les IDE pour microcontrôleurs, les logiciels pour analyseurs logiques, les stations météo, etc. Pour résumer, deux voies sont possibles : - Avoir tout, tout de suite et facilement : utiliser Windows, installer les applications clef en main et obtenir un résultat en un instant. Mais, par la suite, se retrouver bloqué. Exemple, pour le logiciel Plugwise Source, quid si je veux remonter mes mesures de consommation sur le Web ou encore les afficher sur un petit écran tactile ? Exporter en XLS et composer un mini PC sous Windows ? Non, sérieusement, vous voilà coincé ! - Chercher, étudier, comprendre, creuser, tester, hacker, mériter et obtenir. Mais ensuite, plus rien n’est impossible. Le système Plugwise en place chez moi, qui n’est pas traité dans ce numéro, car je n’en ai pas fini avec lui, pour l’heure peut m’indiquer la consommation en temps réel et activer/désactiver chaque prise murale. Les graphes de consommation ne sont pas pour tout de suite et cela nécessitera du travail et du code. Mais je ne suis pas bloqué, je progresse et j’accumule des informations. Je ne suis limité que par mon entêtement à comprendre. Ceci avec le soutien de mon système d’exploitation, d’outils open source et mieux encore, d’autres utilisateurs curieux. Je ne travaille pas contre mon système mais avec. La voie que j’ai choisie depuis longtemps et que d’autres ont choisie comme moi est également celle qui dicte la ligne rédactionnelle de ce magazine. Celle-ci n’est ponctuée d’éléments propriétaires que si cela constitue une nécessité absolue ou qu’il s’agit d’une concession raisonnable. Exemple : installer/initialiser/tester le système Plugwise sous Windows pour ensuite l’exploiter sous GNU/Linux. Dans le domaine des serveurs et des postes de travail, les concessions sont exceptionnelles grâce au travail de la communauté open source et la maturité des systèmes en logiciel libre. Dans le monde d’Open Silicium (embarqué, électronique numérique, hack, etc.), le ponctuel est plus présent mais les bénéfices, à terme, sont tout aussi importants que pour les serveurs et le desktop, voire supérieurs si l’on parle de bénéfices et de développements personnels. Pour conclure, j’enfoncerai une dernière fois le clou avant de vous laisser lire toutes les bonnes choses dans les pages qui suivent. Les XP que vous gagnerez avec l’UNIX open source de votre PC seront valables pour votre système embarqué. Il en va de même concernant l’habitude de disposer de sources, de documentations et d’explications. Vous développerez les mêmes réflexes, les mêmes automatismes de valeur. " Use the source, Luke " est maintenant valable pour le logiciel comme pour le matériel. C’est cette idée qui concrétise Open Silicium, qui remplit ses pages et qui motive son édition. Denis Bodor
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  • airvb dit :

    Tout est dit, un seul mot: BRAVO !

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